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Après quatre ans d'invasion, l'Ukraine ne "perd pas" la guerre, dit Zelensky à l'AFP
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré vendredi lors d'un entretien exclusif à l'AFP que l'issue de la guerre avec la Russie était toujours incertaine, mais que l'Ukraine n'était pas en train de la perdre, à quelques jours du quatrième anniversaire de l'invasion russe.
"On ne peut pas dire que nous perdons la guerre, honnêtement, nous ne sommes certainement pas en train de la perdre. La question est de savoir si nous allons gagner", a-t-il estimé, lors de cet entretien d'une heure s'étant tenu à Kiev au siège de la présidence.
La Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine le 24 février 2022, créant un choc dans le monde entier et déclenchant le conflit le plus sanglant et destructeur en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Depuis, des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes ont été tuées des deux côtés et des millions de réfugiés ont fui l'Ukraine, où de vastes territoires ont été ravagés par des combats.
La Russie occupe près de 20% du territoire ukrainien, bombarde quotidiennement des zones civiles et infrastructures, entraînant récemment la pire crise énergétique dans le pays depuis le début de l'invasion de 2022.
Lentement et malgré de lourdes pertes, les troupes russes ne cessent d'avancer, notamment dans le Donbass, épicentre de combats dans l'Est.
- 300 km2 "libérés" -
Chemise et pantalon noirs - son fameux style militaire adopté depuis le début de la guerre - M. Zelensky, 48 ans, est pourtant loin de baisser les bras.
Il a assuré que son armée "travaille tous les jours" pour "stabiliser" le front devant le "mal" russe et s'est dit "très fier d'être président" de son pays.
Il a affirmé aussi que ses troupes venaient de reprendre aux Russes 300 kilomètres carrés lors de contre-attaques en cours dans le sud, tenant à féliciter "toutes les forces de défense" pour ces résultats.
L'AFP n'est pas en mesure de confirmer ces déclarations, mais si elles étaient avérées, il s'agirait des avancées ukrainiennes les plus importantes sur une période aussi courte depuis 2023.
Selon M. Zelensky, pour mener ces contre-attaques, l'armée de Kiev a notamment exploité le blocage, début février, de l'utilisation par les forces russes de Starlink, qui permet de conserver une connexion internet haut débit.
L'armée russe se servait de terminaux Starlink pour communiquer et mener des frappes de drones, jusqu'à ce qu'Elon Musk, le patron de cette entreprise américaine, accepter de les désactiver.
Cette décision a affecté également les forces de Kiev, mais dans une moindre mesure, a assuré M. Zelensky : "Il y a des problèmes, il y a des défis. J'ai demandé au ministre de la Défense de faire tout ce qu'il peut."
- "Pression" américaine sur Kiev -
Il a déploré la "pression" américaine sur l'Ukraine en vue d'abandonner le Donbass entièrement, quelque jours après un nouveau cycle de négociations trilatérales à Genève qui n'a apporté aucun résultat tangible.
"Les Américains et les Russes disent que si voulez que la guerre se termine demain, sortez du Donbass", a affirmé Volodymyr Zelensky.
Les Etats-Unis exercent "davantage de pression" sur l'Ukraine, car elle se trouve "dans une position plus difficile", a-t-il estimé. "On ne peut pas exercer, je l'ai déjà dit, plus de pression sur nous que sur les Russes, parce que ce sont eux les agresseurs."
Le bassin minier du Donbass regroupe les régions de Lougansk et Donetsk. Moins de 20% de cette deuxième région, verrou des défenses ukrainiennes, est toujours sous le contrôle de Kiev.
Jadis allié principal de l'Ukraine, Washington a changé de position depuis le retour de Donald Trump, début 2025. Depuis, les Etats-Unis ont coupé quasiment toute aide militaire et se présentent désormais comme simple médiateur entre les deux belligérants.
Ils continuent néanmoins de fournir des renseignements à Kiev, "au même niveau" qu'auparavant, a assuré Zelensky.
- Force internationale "près" du front -
En cas d'un cessez-le-feu avec la Russie, Kiev voudrait voir des troupes européennes garantir son maintien et déployées "près" du front, selon M. Zelensky.
Ce dossier est débattu depuis des mois, essentiellement par les alliés européens de Kiev, mais aucun accord formel n'a été conclu.
Volodymyr Zelensky a indiqué avoir proposé à la Pologne et aux pays Baltes de déployer leurs troupes le long de la frontière entre l'Ukraine et le Bélarus, allié à Moscou.
Cette force multinationale ferait partie des garanties de sécurité pour dissuader Moscou d'attaquer à nouveau l'Ukraine après la conclusion d'une hypothétique paix.
Selon M. Zelensky, le volet aérien de ce contingent pourrait être constitué d'avions militaires de pays alliés qui seraient basés près de l'Ukraine.
Mais la Russie a rejeté à plusieurs reprises ce plan européen, avertissant que toute présence militaire occidentale dans le pays constituerait pour Moscou une "cible légitime".
La Russie, mais aussi les Etats-Unis, réclament par ailleurs la tenue d'élections au plus vite en Ukraine, idée, selon des sondages, très mal vue par la majorité des Ukrainiens. Et qui, pour M. Zelensky, est instrumentalisée par le Kremlin pour le chasser du pouvoir.
"Soyons honnêtes, les Russes veulent juste me remplacer", a-t-il dit. "Personne (en Ukraine) ne veut d'une élection pendant une guerre. Tout le monde craint un effet destructeur, une division de la société."
A.Clark--AT