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Irrespirable en hiver, Islamabad se met à contrôler les automobilistes
Au volant de son camion à Islamabad, Muhammad Afzal ne s'attendait pas à être contrôlé par la police, et encore moins à recevoir une amende à cause de l'épaisse fumée de son pot d'échappement.
"C'est injuste", se plaint-il, après avoir été prié de payer 1.000 roupies pakistanaises (3 euros), et menacé de voir son véhicule confisqué s'il ne trouvait pas de solution au problème.
"Je venais de Lahore après avoir fait réparer mon véhicule. Ils ont appuyé sur l'accélérateur pour libérer de la fumée. C'est une injustice", dit-il à l'AFP.
Des postes de contrôle ont été mis en place par les autorités face à l'augmentation de la pollution atmosphérique ces dernières années à Islamabad. Les mois d'hiver sont particulièrement irrespirables, les polluants étant piégés à basse altitude en raison d'un phénomène météorologique appelé inversion.
"Nous avons déjà averti les propriétaires (de véhicules) qu'il y aurait des mesures strictes et nous empêcherons leur entrée dans la ville s'ils ne respectent pas les règles", promet le Dr Zaigham Abbas de l'Agence de protection environnementale du Pakistan (EPA), posté à un des points de contrôle dans le sud-est de la capitale.
"Tout comme un être humain, un véhicule compte un cycle de vie. Ceux qui le dépassent émettent de la fumée qui est dangereuse pour la santé humaine", décrit Waleed Ahmed, un technicien inspectant les véhicules.
- "Crise" -
Islamabad ne présente pas des niveaux de pollution de l'air aussi extrêmes que Lahore (est) ou la grande ville du sud, Karachi, où industrie lourde et briqueteries rejettent des tonnes de polluants chaque année. Mais la capitale pakistanaise les rattrape progressivement.
Pour l'heure, en décembre, Islamabad a déjà connu sept journées avec des niveaux "très mauvais pour la santé" de particules fines PM2,5, selon IQAir, une entreprise suisse spécialisée dans le suivi de la qualité de l'air.
Construite ex nihilo dans les années 1960, la ville a été érigée en modèle urbanistique dans un Pakistan en pleine croissance, avec de larges avenues et de vastes espaces verts au pied de l'Himalaya.
Mais les distances découragent la marche, tandis que les transports en commun restent limités. Les voitures, essentiellement des modèles anciens, sont ainsi essentielles pour se déplacer.
"La région de la capitale est complètement étouffée par son secteur des transports" qui produit 53% des PM2,5 qui y polluent son air, indique dans son dernier rapport l'Initiative pour la qualité de l'air au Pakistan, un groupe de recherche.
"La brume qui recouvre Islamabad (...) n'est pas faite de la fumée de l'industrie, mais des gaz d'échappement d'un million de trajets", c'est "une crise que l'on s'inflige à soi-même", ajoute-t-il.
Les niveaux intrajournaliers de PM2,5 à Islamabad dépassent souvent ceux de Karachi et Lahore.
En 2024, la moyenne dans la capitale se situait à 52,3 microgrammes, contre 46,2 pour Lahore. Des chiffres annuels bien supérieurs au seuil maximal recommandé par l'Organisation mondiale de la santé, à 5 microgrammes.
- "Droit fondamental" -
Après avoir annoncé des mesures contre la pollution le 7 décembre, la cheffe de l'Agence de protection environnementale du Pakistan, Nazia Zaib Ali, a déclaré que plus de 300 amendes avaient été infligées aux postes de contrôle en une semaine, et que 80 véhicules avaient été confisqués.
"Nous ne pouvons en aucun cas permettre à des véhicules non conformes de polluer l'air de la ville et mettre en danger la santé publique", a-t-elle écrit dans un communiqué.
La ville a aussi commencé à installer des zones dans lesquelles les automobilistes peuvent s'arrêter pour faire inspecter leurs émissions. En cas de validation, ils reçoivent un autocollant vert à apposer sur le pare-brise.
"Nous étions inquiets pour Lahore, mais maintenant il s'agit d'Islamabad. Et tout ça à cause des véhicules qui dégagent de la pollution", dit Iftikhar Sarwar, 51 ans, après avoir fait contrôler sa voiture sur une route très fréquentée près d'un parc de la capitale.
D'autres habitants s'inquiètent, se demandant si les mesures du gouvernement iront assez loin pour lutter contre le smog hivernal qui s'aggrave.
"Ce n'est pas l'Islamabad que j'ai connu il y a 20 ans", regrette Sulaman Ijaz, un anthropologue. "Je me sens mal en pensant à ce que je devrais répondre si ma fille demande à respirer un air pur. C'est son droit fondamental."
B.Torres--AT