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Tibet: la diaspora élit ses dirigeants en exil, sous le regard hostile de Pékin
C'est le coup d'envoi d'un marathon électoral inédit: près de 100.000 Tibétains du monde entier sont appelés à partir de dimanche à désigner les dirigeants de leur patrie sous domination chinoise, que la plupart n'ont jamais vue.
Moines bouddhistes des vallées de l'Himalaya, vendeurs de souvenirs des rues de New Delhi ou réfugiés des banlieues de Sydney, ils doivent renouveler d'ici deux mois leur parlement et le chef de leur gouvernement en exil dans le nord de l'Inde.
Comme à chaque fois depuis que ses troupes ont envahi le Tibet en 1950, la Chine a rejeté par avance les résultats d'un scrutin qu'elle qualifie de "farce".
"Le soi-disant +gouvernement tibétain en exil+ n'est rien d'autre qu'un groupe politique séparatiste", a raillé son ministère des Affaires étrangères dans une réponse écrite à l'AFP. "C'est une organisation illégale qui viole totalement la Constitution et les lois chinoises."
Qu'importe, de nombreux Tibétains semblent déterminés à accomplir leur devoir de citoyens.
"Ces élections (...) montrent que le combat pour la liberté et l'indépendance du Tibet se perpétue de génération en génération", lance Gyalten Chokye, 33 ans, candidate à un siège dans le futur exécutif.
Pour nombre de Tibétains, cet exercice démocratique revêt cette année une importance particulière.
Leur chef spirituel, le Dalaï Lama, qui a renoncé à tout rôle politique en 2011 au profit d'un gouvernement élu, a fêté l'an dernier son 90e anniversaire dans le nord de l'Inde, où il passe l'essentiel de son temps depuis qu'il a fui la répression chinoise en 1959.
Evoquant publiquement la fin du règne qu'il a entamé en 1937, il a confirmé que son successeur serait désigné à sa mort selon la tradition, contre la volonté des autorités de Pékin d'imposer leur propre candidat.
"L'âge avancé de Sa Sainteté inquiète tous les Tibétains", précise Tenzin Namgyal Tethong, 78 ans, qui votera depuis les Etats-Unis, "le plus important sera de sauvegarder ce que nous avons obtenu sous sa direction".
- "Moment décisif" -
"En ce moment crucial de notre histoire politique, les enjeux sont trop importants pour prendre le risque d'élire des dirigeants qui ne seront pas à la hauteur", poursuit Kunga Choekey, une électrice de 24 ans installée dans la ville indienne de Dehradun (nord).
Le scrutin intervient en outre sur fond d'importants bouleversements géopolitiques.
Seule une partie de l'aide américaine aux exilés tibétains initialement coupée l'an dernier sur décision de Donald Trump a été rétablie. La dépendance de la communauté aux donneurs reste une source de fragilité.
"Les priorités de la politique étrangère de l'administration américaine ont changé et l'influence de la Chine dans les affaires internationales s'est accrue", observe M. Namgyal. "Il est difficile de prédire dans quelle mesure elles affecteront la cause tibétaine."
Selon la commission électorale, 91.042 électeurs issus de 27 pays sont appelés à voter, une petite fraction seulement des 6 millions de Tibétains recensés dans le monde, y compris en Chine, par leur gouvernement en exil.
Plus de la moitié des votants (56.749) résident en Inde, au Népal et dans le petit royaume voisin du Bhoutan.
Parmi les autres, environ 12.000 sont inscrits en Amérique du Nord, notamment à New York et à Toronto, quelque 8.000 en Europe, dont Paris, Zurich, Genève ou Londres, et un autre millier en Australie.
Ils doivent élire pour cinq ans 45 parlementaires - 30 représentant les trois provinces traditionnelles tibétaines, 10 les cinq principales traditions religieuses de la communauté et 5 le reste de la diaspora - ainsi que le chef du futur gouvernement, le "sikyong".
Le premier tour dimanche permet de choisir les candidats, le second le 26 avril de les départager. Et les résultats doivent être annoncés le 13 mai.
"Ces élections (...) sont une réplique au régime autocratique du parti unique en vigueur en Chine", souligne Doring Tenzin Phuntsok, 40 ans, candidat à sa réélection au parlement, depuis l'Australie, "une part de notre combat perpétuel pour la liberté".
P.Hernandez--AT