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Pour des Afghans chassés d'Iran, le soulagement d'une maison, mais si loin de tout
Forcées de quitter l'Iran où elles avaient construit leur vie, des familles afghanes modestes sont rentrées à Bamiyan (centre). Après des mois d'hébergement précaire, elles ont enfin leur maison, mais loin des écoles, commerces ou hôpitaux et sans raccordement à l'eau.
Depuis septembre 2023, l'Iran et le Pakistan ont poussé plus de cinq millions d'Afghans à retourner dans leur pays, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Originaires d'un district pauvre et montagneux de Bamiyan, au centre de l'Afghanistan, Nimatullah Rahesh, 38 ans, et sa femme Marzia ont travaillé cinq ans en Iran, pays à l'économie plus prospère, lui dans la construction, elle comme couturière.
"Les Iraniens nous ont forcés à partir" en 2024 en "refusant d'admettre notre fils à l'école et en nous demandant de payer une somme impossible à réunir pour prolonger la validité de nos papiers", raconte-t-il à l'AFP.
Au retour, ils ne peuvent rester que temporairement chez un membre de la famille. "On vivait deux mois dans une maison puis le loyer augmentait, on n'arrivait plus à payer", raconte Nimatullah qui travaille désormais comme journalier au marché.
Seuls 11% des adultes ont retrouvé un emploi à temps plein à leur retour en Afghanistan, selon une enquête de l'OIM.
Sept mille Afghans sont revenus depuis 2021 à Bamiyan (ville d'environ 70.000 habitants), selon le responsable local du ministère taliban des réfugiés, Fazil Omar Rahmani.
- "Stress des fins de mois" -
Nimatullah se dit "heureux" d'avoir enfin, depuis mi-janvier, une maison à soi: "Nous vivons calmement ici. Nous n'avons plus le stress des fins de mois pour le loyer."
Trente familles de réfugiés renvoyées principalement d'Iran (83%), mais aussi du Pakistan (17%), soit 174 personnes au total, ont bénéficié d'une maison neuve de 50 mètres carrés, en dur, financée par le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) sur une parcelle donnée par les autorités talibanes.
Chaque foyer a participé à la construction et reçu une contribution financière du HCR en échange du travail fourni.
Parmi les bénéficiaires, une dizaine de mères seules comme Arefa Ibrahimi, 45 ans. Rentrée d'Iran, cette femme abandonnée par son mari a elle aussi connu la peur de finir à la rue.
"Je suis heureuse aujourd'hui car cette maison est à moi, même si toutes les installations de base ne sont pas là", dit-elle dans son salon spartiate où ses quatre enfants se serrent autour du poêle.
Les familles possèdent le bâtiment et la terre. "C'était crucial pour nous car les droits de propriété donnent à ces gens une sécurité", souligne Amaia Lezertua, assistante de direction au HCR en Afghanistan.
Arefa montre les deux pièces tout juste terminées, et un hall vide qui devrait servir de cuisine. "Mais il n'y a pas de salle de bains", regrette-t-elle.
Ces maisons neuves ne disposent que de toilettes sommaires, à l'extérieur, trop petites pour ajouter une douche.
Responsable du projet pour le HCR, Ajay Singh répond que le design de ces habitations dépend des autorités locales et affirme que les familles peuvent construire elles-mêmes une salle de bain.
A ce jour, il n'y a ni raccordement à l'eau ni puits, dans une zone appelée par les locaux "le versant sec" (Jar-e- Khushk) et dépourvue d'autres habitations ou commerces.
- Deux heures de marche -
Les parcelles attribuées par le gouvernement pour ce nouveau quartier sont loin des limites de la ville de Bamiyan, où les talibans pachtouns sunnites avaient détruit, en 2001, deux grandes statues de bouddhas auxquelles tenait la communauté chiite hazara, majoritaire dans cette région.
"Nous planifions d'étendre le réseau d'adduction d'eau mais pour l'instant, ces familles doivent assurer elles-mêmes leur approvisionnement", reconnaît M. Rahmani.
Les dix litres d'eau potable achetés quand un camion-citerne passe coûtent plus cher qu'à Kaboul, expliquent des habitants à l'AFP.
"Merci pour les maisons, nous sommes reconnaissants, mais ne nous oubliez pas pour l'eau, une école, les cliniques, le réseau mobile" qui est aujourd'hui inexistant, a plaidé, au nom des habitants, Nimatullah Rahesh lors de l'inauguration du projet.
"Il y a un ordre direct de notre chef suprême (Hibatullah Akhundzada, NDLR) pour construire des écoles et des cliniques", souligne M. Rahmani.
En attendant, pour aller travailler au bazar, Nimatullah doit marcher deux heures sur une route de terre cahoteuse entre des montagnes pelées, avant de pouvoir prendre un moyen de transport.
Arefa quasiment autant si elle doit emmener ses enfants à l'école la plus proche située à quatre kilomètres, après les vacances d'hiver. "Il faudra que je lève mes enfants très tôt, dans le froid. Je me fais du souci."
G.P.Martin--AT