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En Haute-Marne, les éleveurs en détresse tentent de se protéger du loup
En découvrant un nouveau bélier éventré, probablement par un loup qu'il a aperçu à l'aube, Bryan Beguinot se décompose: une meute installée depuis quelques mois en Haute-Marne sème la détresse parmi les éleveurs, qui tentent de se protéger des attaques décuplées.
Marques de dents, hématomes, "ça correspond au loup, (...) il n'y a pas de doute", constate l'inspectrice de l'Office français de la biodiversité (OFB) venue dans un des pâturages de l'éleveur, à Chaumont-la-Ville.
Cette fois-ci, le loup a réussi à creuser et passer sous la clôture. "Ça devient insupportable", déplore Bryan Beguinot, à bout, au point d'envisager d'arrêter l'élevage de moutons. "On a mis tout ce qu'il faut pour pas que le loup passe, mais il a réussi".
Dans les plaines verdoyantes de la Haute-Marne, le loup a tué plus de 800 animaux en 2025, contre 60 en 2024.
Une forte augmentation notamment due à la naissance de sept louveteaux en mai dernier, constituant une meute, avec le mâle et la femelle, explique Vincent Montibert, chef de l'OFB Haute-Marne.
Si le département a toujours été "traversé par le loup", avec des attaques ponctuelles, "là, il s'est installé", constate-t-il.
- Un sujet inflammable -
Des Alpes-Maritimes au Finistère, les territoires fréquentés par le loup s'étendent continuellement, passant en dix ans de moins de 10 départements à plus de 60.
Le nombre de loups en France a doublé en une décennie, mais il est resté stable ces trois dernières années, à un millier d'individus environ en 2025, selon des chiffres officiels que les éleveurs jugent sous-estimés.
Si le nombre d'animaux d'élevage tués s'était stabilisé autour de 10.000 par an ces dernières années, il est reparti à la hausse avec 12.000 victimes selon les premiers chiffres de 2025, explique le préfet référent loup national, Jean-Paul Celet.
Les flambées d'attaques sont un sujet sensible sur fond de colère agricole.
Un arrêté ministériel pour y faire face est en discussion depuis décembre, et la "loi d'urgence agricole", en préparation après les mobilisations d'agriculteurs cet hiver, doit notamment renforcer la gestion du loup.
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a déjà annoncé début janvier que 22 loups supplémentaires pourraient être tués et que les conditions pour tirer contre un loup seraient simplifiées.
"C'est pas à nous éleveurs de passer nos nuits entières à essayer de tuer le loup. Notre métier, c'est pas chasseur de loups", plaide cependant Pierre-Edouard Brutel, qui a subi sept attaques en 2025.
En Haute-Marne, des agents de la brigade loup sont venus pendant trois semaines, ainsi que des lieutenants de louveterie, mais aucun tir n'a été effectué, faute de contact avec le loup.
- Caméra et chien de protection -
Après quatre attaques, Laurent Babelon, éleveur à Sarrey, a acquis un chien de protection et une caméra qui le réveille la nuit en cas de mouvement.
Fort de ces précautions, il a obtenu une autorisation de tir de défense, comme une dizaine d'autres éleveurs, mais il est le seul à avoir tiré.
"J'ai été réveillé en sursaut par ma caméra à 5h du matin, et je suis parti en courant avec mon fusil et ma lampe torche", raconte-t-il. Mais impossible de faire plus qu'un tir en l'air pour effaroucher le loup.
Chaque soir, il passe une heure à parquer ses bêtes et faire sa ronde, vérifiant le voltage de ses clôtures.
"On aurait dû se mettre aux normes plus tôt", reconnaît-il. "Au début, on n'y croyait pas. On pense toujours que ça n'arrive que chez les autres".
Le manque de préparation des éleveurs début 2025 a "occasionné énormément d'attaques, mais depuis qu'ils ont commencé à mettre des clôtures, les constats ont diminué sur les parcelles protégées", confirme M. Montibert.
Un collectif d'associations de défense de l'environnement propose une aide bénévole pour installer des clôtures et faire du gardiennage.
"La détresse psychologique est réelle. C'est pour ça qu'il faut les aider à trouver des solutions", explique Samuel Courtaut, président du collectif.
Mais certains éleveurs refusent cette aide.
Pour Bryan Beguinot, "les bénévoles, ils sont tous pour le loup, moi je ne veux aucun d'eux chez moi". "Si je vois le loup et que j'ai ma carabine, c'est sûr que je passerai à l'acte", même sans autorisation de tir, lance-t-il, après la nouvelle attaque de son troupeau.
Le loup joue un rôle important, par exemple pour limiter le nombre de sangliers ou de chevreuils, plaident les associations environnementales.
Pour Samuel Courtaut, tuer un loup "n'est pas la solution". "Les prédations seront toujours là, et ça désorganisera complètement la meute, ça peut être pire que tout".
A.Anderson--AT