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En Inde, premiers bains anticipés au pèlerinage hindou géant de Kumbh Mela
Govind Singh n'aurait raté ça pour rien au monde. Alors pour participer au pèlerinage hindou de la Kumbh Mela, le plus grand rassemblement religieux de la planète, il a passé quarante heures dans un train pour rallier Prayagraj, au nord de l'Inde.
"Ça fait du bien d'être arrivé dans le pays des dieux", souffle cet agriculteur indien de 53 ans, venu d'un village de l'Etat du Madhya Pradesh, dans le centre du pays. "Et je compte y rester aussi longtemps que les dieux me le demandent".
Comme lui, des dizaines de milliers de fidèles ont commencé dimanche à se masser à Prayagraj, dans l'Etat de l'Uttar Pradesh, pour six semaines de bains rituels, prières et parades en tous genres.
L'édition 2025 de ce festival hors-norme qui fait passer le pèlerinage musulman du Haj - 8 millions de participants à La Mecque en 2024 - pour une gentille réunion de quartier s'annonce comme celle de tous les records.
Jusqu'au 26 février, les organisateurs y attendent... 400 millions de fidèles. Quatre fois plus que pour le précédent millésime il y a douze ans.
A quelques heures du coup d'envoi annoncé des réjouissances, lundi à l'aube, le confluent des fleuves sacrés du Gange et de la Yamuna déborde déjà de pèlerins, qui s'y pressent dans une cohue bariolée.
Qu'importent les rigueurs de l'hiver indien - à peine plus de 10 degrés la nuit - les plus pressés pataugent déjà dans l'eau, plus que fraîche.
Point d'orgue de la Kumbh Mela, le bain à la confluence du Gange, de la Yamuna et de la rivière mythique de la Sarasvati permet, selon la tradition hindoue, de laver ses péchés et se libérer du cycle des renaissances et réincarnations.
Même si le froid fait claquer ses dents, pleurer ses yeux et trembler tous ses membres, Sunny Pratap Gaur sort de l'eau ravi d'avoir "devancé la foule" en faisant trempette avec quelques heures d'avance.
- "Un autre monde" -
"J'ai pris des congés pour être là", renchérit ce fonctionnaire local venu de la capitale de l'Uttar Pradesh, Lücknow.
Au-delà de la zone aménagée pour les baigneurs, une file interminable de bateaux patiente en quête de dévots à transporter au Sangram, l'exact point de confluence des trois fleuves.
"Des centaines de bateliers et marins de tout l'Etat sont venus avec leur embarcation pour transporter les pèlerins", explique l'un d'eux, Ramheet Nishad.
Un peu en retrait des berges, c'est une ville de bois et de ferrailles qui a poussé pour satisfaire les besoins élémentaires des fidèles.
Restaurants, magasins, toilettes et surtout une mer de tentes, à perte de vue... Les plus fortunés ont fait dresser des modèles confortables voire luxueux, les plus modestes se sont bricolé un abri de fortune sous de simples bâches.
Au milieu de la foule, des moines en saris orange - la couleur de l'hindouisme - et des ascètes au corps entièrement recouvert de cendres distribuent sans retenue les bénédictions.
Les partisans du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014, n'ont pas manqué l'occasion de ce rassemblement pour un prosélytisme beaucoup plus politique.
Les murs de la ville temporaire sont flanqués d'affiches qui célèbrent l’œuvre du gouvernement, avec QR code intégré pour ceux qui en voudraient des détails.
Dans les allées, la police patrouille jour et nuit pour, selon un porte-parole, "assurer une sécurité maximale" aux fidèles.
Tous ceux qui se pressent à Prayagraj n'en sont pas. La Kumbh Mela n'a pour eux pas de signification religieuse, elle relève plutôt de la curiosité, de ces événement qu'il faut avoir fait une fois dans sa vie.
"C'est une question d'atmosphère", confie Rohit Singh, 26 ans. "Tout ce monde, le fleuve, c'est vraiment un autre monde".
E.Hall--AT