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Glissement de terrain dans une mine de coltan en RDC: Kinshasa craint "au moins 200 morts"
Kinshasa a déclaré dimanche craindre un bilan d'"au moins 200 morts", après un glissement de terrain "massif" survenu mercredi sur le site minier géant de Rubaya, contrôlé par le groupe armé antigouvernmental M23 et qui approvisionne une grande partie du monde en coltan.
La cité minière de Rubaya, qui s'étend sur plusieurs dizaines de km2 dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), produit entre 15 et 30% du coltan mondial. Le coltan est un minerai stratégique pour l'industrie électronique et la RDC en détiendrait au moins 60% des réserves mondiales.
Le site est passé en avril 2024 sous le contrôle du M23, soutenu par le Rwanda. Le groupe armé en tire d'importants revenus grâce à une taxe prélevée sur la production et le commerce des minerais, selon des experts de l'ONU.
- Mineurs artisanaux -
Des milliers de mineurs artisanaux travaillent chaque jour dans les puits de Rubaya, dans des conditions précaires et sans mesure de sécurité, le plus souvent munis de simples pelles et d'une paire de bottes en caoutchouc.
Selon des informations encore très partielles obtenues par l'AFP, un pan de colline s'est détaché mercredi après-midi sur le site minier de Luwowo, situé dans le périmètre minier de Rubaya, à environ 70 kilomètres à l'ouest de la grande ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu.
Un autre glissement de terrain est survenu jeudi matin, selon des témoins interrogés sur place.
Le gouverneur de la province du Nord-Kivu nommé par le M23, Eraston Bahati Musanga, qui s'est rendu à Rubaya vendredi, avait fait état auprès de l'AFP d'un bilan d'"au moins 200 morts", sans que ce chiffre ne puisse être confirmé par des sources indépendantes.
Ce responsable M23 avait par ailleurs affirmé que des corps ont été tirés des gravats, sans toutefois donner de chiffre.
Dans cette zone reculée de l'immense pays d'Afrique centrale, le réseau téléphonique est coupé depuis plusieurs jours. L'administration congolaise et les organisations de la société civile ont fui la zone à l'arrivée du M23.
- "Pillage" organisé -
Les informations parviennent "au compte-goutte par des motards qui circulent" dans la région, empêchant à ce stade d'établir un bilan exact, a expliqué une source humanitaire contactée par l'AFP.
Des blessés ont été transportés dans des centres de soins locaux, qui ont souvent peu de moyens, a précisé une autre source humanitaire.
Selon des experts de l'ONU, le M23 a mis en place à Rubaya "une administration semblable à celle d'un Etat", en créant notamment un "ministère chargé de l'exploitation des minéraux" qui délivre "des permis aux creuseurs et aux opérateurs économiques".
La taxation des activités minières par le groupe armé lui rapporte plusieurs centaines de milliers de dollars par mois, selon ces experts.
L'est du pays, ravagé par des conflits depuis trente ans, a connu un regain de violences depuis 2021 avec la résurgence du groupe armé M23, qui s'est emparé avec le soutien de l'armée rwandaise des grandes villes de Goma et Bukavu en janvier et février 2025.
Kinshasa a appelé dimanche "la communauté internationale à prendre pleinement la mesure de ce drame", conséquence selon le gouvernement congolais, "d'une occupation armée et d'un système organisé de pillage" par le M23 et le Rwanda.
Le site de Rubaya avait été classé en statut "rouge" en février 2025, interdisant "toute activité d'exploitation et de commercialisation" des minerais, rappelle le gouvernement congolais.
Toutefois "entre 112 et 125 tonnes de coltan sont extraites chaque mois" dans le périmètre de Rubaya "et acheminées exclusivement vers le Rwanda", poursuit-il, ajoutant faire le constat de "la faillite manifeste des mécanismes internationaux et régionaux de traçabilité".
H.Romero--AT