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Religieuse agressée à Jérusalem: des fidèles inquiets mais "pas étonnés"
A la messe de la basilique Saint-Étienne de Jérusalem dimanche, les fidèles se pressent pour témoigner de leurs "pensées" pour la religieuse française agressée mardi. Mais ils ne sont pas étonnés, les marques d'hostilités de la part de juifs extrémistes s'étant multipliées récemment.
La scène, captée par une caméra de vidéosurveillance de la ville sainte, est d'une grande violence: dans une ruelle pavée, un homme se précipite en courant derrière la religieuse en habit blanc et voile noir, la pousse dans le dos. Elle est projetée au sol, sa tête heurte un bloc de pierre. L'homme s'en va, puis revient pointer vers la femme au sol un index menaçant, avant de lui asséner un coup de pied au ventre. Des passants interviennent.
A la sortie de la messe - en français - dans l'église de la religieuse, l'affaire est sur toutes les lèvres. On partage son désarroi, on apporte un petit cadeau de réconfort, on demande des nouvelles de la soeur, qui n'est pas venue ce matin.
"Elle a encore des douleurs" mais elle est "entourée", témoigne le frère Olivier Catel, qui a célébré la messe.
Lui est arrivé à Jérusalem il y a une dizaine d'années. A l'époque, dit-il, les incidents étaient rares. Une fois par an environ, "quand je sortais en habit religieux, des juifs, ultra-orthodoxes en général, crachaient à côté de nous".
"On n'y faisait pas attention parce que c'était tellement isolé". Mais depuis trois-quatre ans selon lui, c'est devenu quotidien: "quand on sort, les gens crachent à côté de nous".
Le Rossing Center, association pour le dialogue interreligieux basée à Jérusalem, a documenté le "harcèlement croissant" des chrétiens en Israël et à Jérusalem Est dans une étude parue en mars. En 2025, il a recensé 61 attaques physiques (crachats, spray au poivre, coups...), 28 cas de harcèlement, 52 dégradations sur des propriétés de l'Eglise (graffitis, jets de pierre ou de poubelles) et 14 panneaux de signalisation dégradés.
Devant la basilique, un prêtre britannique, qui ne sort jamais sans son habit religieux noir et préfère rester anonyme confirme: les crachats en sa direction, insultes, "rentre chez toi !" sont son quotidien.
- redoute le pire -
"Tout le monde se disait que ça arriverait un jour", assure sur le parvis Pierre, un fidèle de 30 ans "pas étonné" et qui redoute le pire.
Le jour de l'agression de la soeur, raconte-t-il, un religieux parmi ses connaissances était dans un supermarché quand un homme s'est arrêté devant lui. "Il a dit à son enfant, en hébreu, +lui, il faut le tuer+. Si rien n'est fait, un jour (...) quelqu'un va franchir le pas", s'inquiète-t-il.
L'agression a eu lieu sur le Mont Sion, à deux pas de la Vieille ville de Jérusalem, épicentre des tensions du conflit israélo-palestinien, en contrebas de l'abbaye de la Dormition. En face du Cénacle, lieu du dernier repas du Christ pour les chrétiens et tombeau du roi David pour les juifs.
Un jeune israélien assure avoir assisté à la scène de loin. "C'est un fou", assure-il au sujet de l'assaillant - un militant d'extrême-droite avec des antécédents psychiatriques selon les médias israéliens.
"C'est très choquant", abonde Ouriel Levisohn, rabbin de 28 ans, qui dit peiner à croire que les incidents soient réguliers.
"Avec l'aide de Dieu, ça va être la dernière fois que quelque chose comme ça arrive ici", espère-t-il.
Les fidèles de la messe sont moins optimistes, et disent attendre des actes de la part des autorités israéliennes.
Ils évoquent des discours de plus en plus "véhéments" et "suprématistes" dans le pays, parfois de la part de hauts responsables. Rappellent les incidents récents dans le sud du Liban, où Israël affronte le Hezbollah pro-iranien: un soldat filmé en train de frapper à l'aide d'une masse une statue de Jésus et un couvent endommagé par l'armée.
Le frère Catel refuse de "vivre dans la peur". "Je continue d'aller dans la vieille ville en habit" - tout en évitant certains quartiers - mais "globalement, je n'ai pas changé mes habitudes".
B.Torres--AT