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Un ex-soldat devenu ostréiculteur, nouvelle figure d'une gauche américaine en quête d'authenticité
Un ostréiculteur bourru, qui ne s'est débarrassé que récemment d'un tatouage nazi, est devenu le visage inattendu de la tentative des démocrates pour ravir le Sénat aux républicains de Donald Trump et reconquérir les électeurs de la classe ouvrière.
A six mois des élections de mi-mandat, qui renouvelleront une partie du Congrès américain, les démocrates espèrent bien reprendre le contrôle de la Chambre des représentants. Mais le Sénat représente un défi autrement plus grand.
Dans cet affrontement, Graham Platner pourrait jouer un rôle décisif: cet ancien soldat des Marines de 41 ans, qui évoque avec émotion son opposition à la guerre après avoir servi en Afghanistan et en Irak, convoite un siège clé au Sénat dans le Maine.
Il y sera opposé à Susan Collins, sénatrice républicaine sortante, élue de longue date et jugée vulnérable.
Encore inconnu il y a un an, Graham Platner a sillonné cet Etat du nord-est, portant un message combatif et anti-establishment.
Les révélations concernant un tatouage de crâne, ressemblant à un symbole nazi, ainsi qu'une série d'anciens messages sur les réseaux sociaux dans lesquels il tenait des propos jugés problématiques sur les agressions sexuelles ou les homosexuels, n'ont pas eu raison de sa candidature.
Au contraire: en se retirant jeudi de la course à l'investiture démocrate, la gouverneure actuelle Janet Mills, sa principale rivale à la primaire, lui a laissé le champ libre pour tenter de renverser Susan Collins en novembre.
- Mains calleuses -
Pour Andrew Koneschusky, directeur de l'agence de relations publiques Beltway Advisors, le succès de l'ostréiculteur reflète l'aspiration des électeurs à plus d'"authenticité". "Ils ne veulent plus de candidats robots, formatés par les sondages", souligne-t-il.
Depuis des années, nombre de militants démocrates réclament des candidats ordinaires, non plus issus des meilleures universités mais plutôt de la classe ouvrière, à même de toucher des électorats acquis à Donald Trump, comme les hommes blancs non diplômés.
Avec son passé militaire, ses mains calleuses et son franc-parler, Graham Platner semble cocher les cases.
Mais les polémiques qui ont jalonné sa campagne illustrent les risques de présenter des candidats sans expérience politique.
L'ostréiculteur s'est défendu en attribuant son tatouage à une erreur de jeunesse lors de ses années chez les Marines et ses messages sur les réseaux sociaux à une période difficile après son retour de mission.
Plusieurs grandes figures démocrates, comme Chuck Schumer, leur chef au Sénat, avaient ainsi fait le choix de la sécurité en soutenant Janet Mills.
Les sondages leur ont donné tort: à 78 ans, la gouverneure incarne l'ancienne garde du parti et les électeurs souhaitent tourner la page.
"Les électeurs n'aiment pas quand les figures de l'establishment adoubent un candidat", observe Andrew Koneschusky.
- Pas dans les cases -
La débâcle de la présidentielle 2024 a laissé les démocrates face à une question stratégique qui n'est toujours pas tranchée: faut-il virer à gauche ou mettre la barre au centre pour incarner la stabilité et la modération face aux outrances de Donald Trump?
Le succès l'an dernier de figures modérées comme Abigail Spanberger et Mikie Sherrill, qui ont remporté de manière convaincante des élections au poste de gouverneur en Virginie et dans le New Jersey, ont semblé plaider pour la dernière option.
Mais l'irruption de candidats comme Graham Platner vient désormais conforter ceux qui, au sein du parti, militent pour accueillir des personnalités qui ne rentrent pas dans les cases progressistes traditionnelles.
Bob Brooks, un pompier qui se présente en Pennsylvanie, en est un autre exemple.
Egalement présenté comme capable de séduire les électeurs de la classe ouvrière, le candidat à la Chambre s'est heurté à des critiques de militants démocrates en raison de propos défendant le droit de posséder des armes après une tuerie, un sujet sensible.
On peut également citer James Talarico, qui tente sa chance au Sénat au Texas.
Ce pasteur blanc de 36 ans, qui entend ne pas laisser l'exclusivité d'un discours chrétien à la droite, est devenu une étoile montante démocrate en affrontant les républicains sur leur propre terrain.
Dans un Etat acquis depuis longtemps aux conservateurs, le défi est immense. Mais, pour Matt Bennett, du groupe de réflexion centriste Third Way, "si quelqu'un peut y arriver, c'est bien lui".
T.Wright--AT