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Berlin doute ouvertement de l'avenir de l'avion de combat franco-allemand
Le chancelier allemand a publiquement douté des perspectives d'avenir du système de combat aérien du futur (SCAF), projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, en panne depuis des mois sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault.
Lancé en 2017 par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".
Depuis des mois, les dirigeants français et allemand promettent de trouver un compromis, mais ils repoussent sans cesse l'échéance, prévue désormais pour fin février.
Dans un entretien diffusé mercredi, M. Merz a affirmé que son pays n'avait pas besoin du même avion que la France, laissant entendre que Paris et Berlin pourraient construire deux appareils différents, chacun de son côté.
- Un seul ou deux avions ? -
"Les Français ont besoin, dans la prochaine génération d'avions de combat, d'un avion capable de transporter des armes nucléaires et d'opérer à partir d'un porte-avions. Ce n'est pas ce dont nous avons besoin actuellement dans l'armée allemande", a dit le chancelier dans le podcast allemand Machtwechsel.
M. Merz a relevé que Paris et Berlin sont "en désaccord sur les spécifications et les profils" de l'avion.
"La question qui se pose maintenant est la suivante : avons-nous la force et la volonté de construire deux avions pour ces deux profils d'exigences différents, ou seulement un seul ?", a-t-il demandé, avant de noter que la France n'en veut "qu'un seul" répondant à ses exigences.
Selon l'Elysée mercredi, M. Macron reste "engagé pour le succès du projet" SCAF et juge "incompréhensible" que les divergences ne soient pas "surmontées" au moment où l'Europe doit" montrer unité et performance".
Une source de l’exécutif français affirmait lundi que "Friedrich Merz n’avait pas dit à Macron" qu'il souhaitait enterrer le projet.
Les propos du chancelier font écho aux affirmations de l'industrie aéronautique allemande qui depuis des semaines tire à boulets rouges sur le SCAF.
Selon les accords existants, la France, désignée leader du projet, l'Allemagne et l'Espagne doivent participer au développement chacune à hauteur d'un tiers.
Mais Dassault, responsable du développement proprement dit, avec Airbus Allemagne et Airbus Espagne pour partenaires, exige de revoir les accords pour avoir la liberté de choisir ses sous-traitants.
"Ce ne serait pas la fin du monde, si on arrivait à la conclusion qu'il fallait construire deux avions. Cela rendrait le système SCAF plus résilient", avait estimé vendredi une source industrielle allemande.
Elle plaidait pour garder "ce qui marche" en terme de collaboration franco-allemande, notamment la coopération dans les moteurs.
Dans son entretien paru mercredi Friedrich Merz a laissé entendre qu'il y avait "d'autres (pays) en Europe", prêts à travailler avec Berlin.
"Bon courage s’ils veulent le faire tout seuls. Nous on sait faire l’avion de combat. Ils peuvent toujours essayer de le faire seuls ou avec les Italiens", lâchait lundi une source de l’exécutif français.
La possibilité pour Airbus de s'associer à l'Italie, au Royaume-Uni et au Japon qui développent un projet concurrent (GCAP, Global Combat Air Programme) semble peu probable, car celui-ci est déjà largement défini, laissant peu d'influence ou de place à l'Allemagne.
- Différends croissants -
Une source industrielle allemande évoquait en revanche vendredi la possibilité d'un partenariat avec le suédois SAAB, avec lequel la direction d'Airbus a une "bonne relation".
Les propos de Friedrich Merz interviennent alors que la liste des différends franco-allemands est croissante, Berlin reprochant à la France des efforts "insuffisants" en matière de dépenses de défense ou encore d'avoir voulu bloquer un accord commercial avec des pays sud-américains.
Le SCAF vise à remplacer les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols d'ici à 2040, dans un contexte de réarmement européen face aux tensions accrues avec la Russie.
L'Allemagne a aussi lancé un gigantesque plan d'investissement pour disposer de la première armée conventionnelle d'Europe.
Th.Gonzalez--AT