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Pérou : le président par intérim José Jeri destitué par le Parlement
Le Parlement péruvien a voté mardi la destitution du président par intérim José Jeri, visé par deux enquêtes pour trafic d'influence présumé, à l'approche de la présidentielle du 12 avril.
"Le bureau du Parlement déclare la vacance de la présidence de la République", a annoncé le président par intérim du Parlement monocaméral, Fernando Rospigliosi.
Septième chef d'Etat en dix ans, José Jeri a été destitué par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions.
L'assemblée élira mercredi un nouveau président du Parlement, qui assumera automatiquement la présidence par intérim du Pérou jusqu'au 28 juillet, quand le chef de l'Etat devant être élu en avril prendra ses fonctions, a annoncé M. Rospigliosi.
José Jeri, 39 ans, a présidé le Parlement jusqu'en octobre, lorsqu'il a succédé à Dina Boluarte, destituée à l'issue d'une procédure déclenchée après qu'avait été invoquée son incapacité à répondre à une vague de violences sans précédent liée au crime organisé.
Le président par intérim de droite était visé par plusieurs demandes de destitution portées par la minorité de gauche et un bloc de partis de droite au Parlement, qui cherchent à le démettre pour "inconduite fonctionnelle" et "manque d'aptitude" à exercer ses fonctions, dans le sillage de deux enquêtes préliminaires ouvertes en janvier par le parquet.
L'une concerne son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement, l'autre porte sur les délits présumés de "trafic d'influence" et de "parrainage illégal d'intérêts", après une rencontre secrète avec un homme d'affaires chinois ayant des relations commerciales avec l'Etat.
"Je n'ai commis aucun délit. J'ai toute la légitimité morale nécessaire pour exercer la présidence de la République", s'était défendu dimanche, au cours d'un entretien télévisé, José Jeri.
- "Il n'a rien fait" -
"Ce président ne sert à rien, il n'a rien fait, (...) les chiffres des meurtres commandités et des homicides restent élevés et n'ont pas baissé", a déclaré de son côté la parlementaire de gauche Susel Paredes.
Longtemps considéré comme relativement sûr en Amérique latine, le Pérou fait désormais face à une rapide montée de la violence. En deux ans, le nombre des plaintes pour extorsion a été multiplié par plus de dix, passant de 2.396 à plus de 25.000 en 2025.
Ce vote intervient aussi dans le cadre d'une série de crises institutionnelles depuis 2016, illustrant le rapport de force durable entre un Parlement puissant et un exécutif affaibli, dans un contexte d'absence de consensus politique.
"Un nouveau changement à la présidence, le quatrième au cours du cycle politique actuel, ne résoudra en rien la profonde crise institutionnelle que traverse le pays", estime auprès de l'AFP l'analyste Augusto Alvarez.
Selon lui, "il sera difficile de trouver au sein du Parlement actuel, marqué par des accusations de médiocrité et des soupçons persistants de corruption, un remplaçant disposant d'une réelle légitimité politique".
La rapidité de la procédure de destitution est par ailleurs associée par certains observateurs au contexte électoral, marqué par un nombre record de plus de 30 candidats.
"Les partis qui accélèrent la procédure pensent que cela pourrait les aider à obtenir davantage de voix au scrutin du 12 avril", juge M. Alvarez.
Après un début de mandat marqué par une popularité proche de 60% grâce à des initiatives contre le crime organisé, le taux d'approbation de José Jeri est tombé à 37% en février.
R.Chavez--AT