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Isabelle Huppert, vampire flamboyante dans la Vienne éternelle
L'Autriche a du mordant, et Isabelle Huppert en sait quelque chose: l'actrice française incarne une vampire flamboyante dans "Die Blutgräfin" ("La Comtesse sanglante"), un mythe revisité de manière baroque par la réalisatrice Ulrike Ottinger et présenté à la Berlinale.
Avec des dialogues coécrits avec Elfriede Jelinek, dont Michael Haneke a adapté le roman La Pianiste, le film porte la griffe de l'Autrichienne, prix Nobel de littérature 2004, en ce qu'il est "brut, croustillant, mordant. C'est ce qu'on peut attendre d'elle", a répondu Isabelle Huppert à l'AFP, mardi lors d'un entretien avec quelques journalistes.
"Tout en étant ensoleillé", a-t-elle aussitôt ajouté. "Parce que j'ai toujours pensé que La Pianiste", qu'elle a incarné en 2001, "naviguait souvent entre quelque chose de très sombre, mais aussi parfois un certain sens de l'humour, comme dans la bonne tradition autrichienne".
Dans La Comtesse sanglante, les répliques écrites par Jelinek "renvoient à des références précises à la culture et à l'histoire autrichiennes", explique Ulrike Ottinger, 83 ans, figure de l'avant-garde artistique allemande qui a commencé l'écriture du scénario au début des années 2000.
Contactée à cette époque, Isabelle Huppert explique avoir eu envie de suivre la "folie" d'une réalisatrice "anticonformiste" et qui "apporte aussi une certaine dose de poésie à l'écran".
- Lac souterrain -
Véritable carte postale, cette comédie noire entraîne le spectateur dans la ville d'aujourd'hui qui est toujours celle d'hier, entre architecture baroque et ruelles pavées, et dans les provinces de l'ancien empire austro-hongrois.
"Je suis venue à Vienne tant de fois depuis l'âge de cinq ans, en réalité, et j'ai donc tellement de strates de souvenirs autour de cette ville, que ce soit pour des tournages" ou "quand j'étais sur scène", a rappelé Isabelle Huppert, interrogée lundi par l'AFP en conférence de presse.
Elisabeth Bathory, comtesse hongroise de la Renaissance accusée du meurtre de très nombreuses femmes, d'où sa légende de vampire tirant sa jeunesse du sang de ses victimes, veut retrouver un grimoire potentiellement fatal à son espèce.
Son retour à la vie prend la forme d'une lente croisière à la proue d'une péniche-tombeau rouge écarlate, naviguant dans la Seegrotte, un lac souterrain viennois prisé des touristes.
Elle parcourt ensuite l'empire dans un carrosse tout aussi impérial.
Outre le "bel hommage" à la ville, Isabelle Huppert souligne l'aspect "intemporel" du film dont "on ne peut pas savoir exactement quand il est censé se dérouler" car il a cette "manière de naviguer entre les époques, et du passé vers le futur".
- Conchita Wurst carnivore -
Entre un vampire végétarien et un "dîner" constitué d'hommes attractifs rasés par des femmes aux yeux bandés, et qui finissent donc logiquement par les faire saigner, Ulrike Ottinger offre un film bien plus léger que sanguinolent, avec la présence aussi vocale et visuelle de la drag queen Conchita Wurst.
"Un très bon acteur et chanteur", estime Isabelle Huppert à propos du vainqueur de l'Eurovision 2014.
Plus que sa dimension queer, tangible dans la fascination qu'exerce la comtesse auprès des belles jeunes femmes qu'elle croise et tue sur son chemin, Isabelle Huppert veut retenir la symbolique sociale d'une noblesse de vampires qui tire son pouvoir en se nourrissant du commun des mortels.
"Le monde n'est pas juste, et (Ulrike Ottinger) le dit d'une manière très drôle, mais c'est aussi de cela qu'il s'agit. Vous prenez tant de choses à tant de gens", dit-elle.
Interrogée par l'AFP, la légende du cinéma français, âgée de 72 ans, refuse en tout cas de se voir à travers son personnage: "Je ne vois jamais le moindre parallèle entre moi et ce que je joue."
Quant à l'immortalité, elle n'est "pas sûre" d'en vouloir.
Lundi après-midi lors la présentation hors compétition du film, son style - lunettes de soleil opaques, robe toge et gants blancs - rappelait son statut de légende a minima.
P.A.Mendoza--AT