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Conférence sur la sécurité: les Européens appellent les Etats-Unis à la raison
Les Européens ont appelé vendredi les Etats-Unis de Donald Trump à la raison, au premier jour vendredi de la Conférence de Munich sur la sécurité, le président français proposant de prendre l'Europe en "exemple" plutôt que l'inverse, et le chancelier allemand invitant les "amis américains" à "raviver" la confiance transatlantique.
"L'Europe a été vilipendée comme une construction vieillissante, lente et fragmentée, reléguée par l’histoire. Comme une économie surréglementée et apathique qui se détournerait de l’innovation. Comme une société en proie à des migrations barbares qui corrompraient ses précieuses traditions", a déclaré dimanche soir Emmanuel Macron en anglais à Munich, appelant à cesser le "caricaturer" le vieux continent.
L'Europe est même décrite "dans certains milieux comme un continent répressif où la parole ne serait pas libre", a-t-il ajouté, dans une réponse au discours offensif contre le vieux continent prononcé il y a un an à la même tribune par le vice-président américain JD Vance.
"Réparons et ravivons ensemble la confiance transatlantique", avait avant lui déclaré, en anglais également, le chancelier Merz, en direction des "amis américains" de l'Europe, lors de l'ouverture de la conférence qui réunit plus de 60 chefs d'Etat et de gouvernement.
Mais "à l'ère de la rivalité entre grandes puissances, même les Etats-Unis ne seront pas assez puissants pour faire cavalier seul", a mis en garde le chancelier allemand.
Le président finlandais Alexander Stubb a abondé en ce sens : "Il y a des questions sur lesquelles nous pouvons travailler avec les Américains - l'Otan, la défense, la technologie, les minéraux, dans notre cas les brise-glaces (...). Il y a donc beaucoup de choses que nous pouvons faire, tout en étant en désaccord cordial sur des choses liées à l'UE ou aux institutions internationales, à l'ordre international libéral et au changement climatique", a-t-il dit.
- "Une Europe forte dans une Otan forte" -
"L'Europe assume davantage un rôle de leadership au sein de l'Otan", a avancé le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Mark Rutte, qui estime qu'"une Europe forte dans une OTAN forte signifie que le lien transatlantique sera plus fort que jamais".
La relation "est au milieu de beaucoup d'incertitude. Mais nous, on a à clarifier ce qu'on veut pour nous-mêmes et ce qu'on a à faire. Et les Etats-Unis ont à clarifier ce qu'ils sont prêts à faire pour les Européens", avait dit M. Macron à des journalistes à son arrivée.
Outre les débats officiels, le rendez-vous de Munich qui se déroule jusqu'à dimanche autour de deux hôtels dans le centre historique de la capitale bavaroise sous haute surveillance policière est l'occasion d'échanges informels et de réunions secrètes.
Le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Sybiga a écrit sur X avoir déjà discuté à Munich avec son homologue chinois Wang Yi "des efforts de paix et du rôle important de la Chine pour faciliter la fin du conflit" avec la Russie.
M. Wang a de son côté affirmé que la position de la Chine est "constante, (...) promouvant activement les pourparlers de paix".
Les gouvernements occidentaux et Kiev accusent Pékin de fournir à la Russie un soutien économique crucial à son effort de guerre, notamment des composants militaires pour son industrie de défense.
- Ukraine, Groenland, Iran -
"Il est bon d'avoir un partenariat solide avec les Américains", a déclaré en marge de la conférence le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Mais l'Europe "a besoin d'une industrie de défense indépendante, très forte (en) partenariat avec les États-Unis", a-t-il insisté. "C'est notre continent".
Des dirigeants européens, dont MM. Merz et Macron, ainsi que les dirigeants du Canada, de l'Otan et de l'UE, ont eu une réunion avec M. Zelensky sur l'Ukraine. Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, qui s'est notamment entretenu vendredi avec son homologue chinois, ne participait pas à cette rencontre en raison d'un emploi du temps chargé, selon un responsable américain.
Emmanuel Macron a récemment souhaité une reprise du dialogue avec Vladimir Poutine. Interrogé à Munich, le chancelier allemand s'est dit vendredi "prêt à parler" lui aussi avec la Russie "si cela apporte quelque chose", mais a observé de son côté que la Russie n'avait "pas encore la volonté d'avoir une discussion sérieuse".
Le prochain cycle de négociations entre Moscou, Kiev et Washington pour tenter de trouver une issue diplomatique à la guerre en Ukraine se tiendra mardi et mercredi à Genève, a annoncé le Kremlin.
Emmanuel Macron a souligné à Munich que l'Europe devrait "définir ses règles de coexistence" avec la Russie une fois qu'un accord de paix serait trouvé.
Et s'ils veulent être en "position de force" pour discuter avec la Russie à l'avenir, les pays du Vieux Continent doivent "développer activement" leur "boîte à outils" en matière de défense, notamment en matière de systèmes de "frappes de précision en profondeur", a-t-il estimé.
Au centre des débats de Munich, les organisateurs ont fait figurer "l'ordre international ravagé à coups de boutoir". Avec notamment le Groenland, convoité par le président Donald Trump.
Marco Rubio a rencontré à ce propos la Première ministre danoise Mette Frederiksen et son homologue groenlandais Jens-Frederik Nielsen, des discussions décrites comme "constructives" par Mme Frederiksen.
M. Rubio, considéré comme moins idéologue que JD Vance, conduit la délégation américaine cette année, et prendra la parole publiquement samedi.
Enfin, également présent à Munich, le secrétaire général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi a estimé que trouver un accord entre l'Agence et Téhéran sur les inspections du programme nucléaire iranien était "complètement possible", mais qu'il fallait "marcher sur un fil" pour faire avancer le dialogue.
bur-fz-cpy-lpt/ib
Th.Gonzalez--AT