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Maroc: dans le nord-ouest inondé, des agriculteurs ont "tout perdu"
Mohamed Reouani inspecte ses champs d'orge et de luzerne à Ouled Salama, près de Kénitra au Maroc. Comme des dizaines d'autres agriculteurs de son village, il a "tout perdu" dans des inondations exceptionnelles qui ont frappé récemment cette région du nord-ouest.
"J'avais environ 4 ou 5 hectares, je n'ai plus rien", dit à l'AFP ce paysan de 63 ans, à quelques pas de ses parcelles submergées où il ne pourra rien récolter cette année.
Au Maroc, l'agriculture est un secteur majeur qui pèse 12% du PIB et environ un tiers des emplois.
Ces dernières semaines, le pays nord-africain a connu des précipitations inédites qui ont provoqué, selon le gouvernement, "l'inondation de 110.000 hectares" dans les régions de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane, dans le nord-ouest.
Quatre personnes ont trouvé la mort le week-end dernier lors d'une crue soudaine, une autre est portée disparue.
Les autorités ont dû évacuer près de 188.000 personnes, hébergées dans leurs familles ou des campements provisoires.
Jusqu'à la mi-décembre, le taux de remplissage des barrages au Maroc ne dépassait pas les 31% et M. Reouani, comme ses voisins, considérait comme "une bénédiction" l'arrivée de fortes pluies après sept années consécutives de sécheresse.
Le déficit pluviométrique avait entraîné des rationnements de leurs quotas d'irrigation. Aujourd'hui, les réservoirs sont remplis à près de 70%.
Dans certaines zones du village de M. Reouani, le niveau de l'eau est encore d'environ deux mètres depuis la dernière vague de pluies, qui a cessé en début de semaine. Certaines habitations restent isolées par de grandes étendues d'eau.
Face à l'urgence, les autorités n'ont pas uniquement évacué les habitants mais également des moutons et des vaches, notamment dans le village voisin d'Ouled Amer.
Non loin d'un campement aménagé par les autorités, des agriculteurs ont dressé des tentes pour protéger leurs bêtes du froid.
- "L'eau a tout emporté" -
"Il ne nous reste plus ni céréales ni luzerne... l'eau a tout emporté", déclare à l'AFP Ibrahim Bernous, un éleveur de 32 ans qui a pu mettre son cheptel à l'abri mais dépend, pour le nourrir, de distributions gratuites de fourrage des autorités.
La situation météorologique a complètement basculé à partir de janvier, comme l'attestent les chiffres du ministère de l'Equipement: près de 9 milliards de m3 d'apports hydriques dans les barrages en un mois, du 11 janvier au 11 février, soit autant que le cumul des deux dernières années.
Ces pluies records se sont concentrées dans les plaines du Gharb et du Loukkos, deux fleuves débouchant dans l'Atlantique et irriguant des provinces qui figurent parmi les zones agricoles les plus importantes du pays.
Elles abritent de grandes exploitations de céréales, des élevages et des cultures de fruits rouges, légumes et betteraves à sucre destinées à l'export.
Mais c'est l'après-catastrophe qui inquiète le plus des agriculteurs comme Chergui al-Alja,, 42 ans: "il ne nous reste plus de céréales pour nourrir le bétail, alors qu'il constitue notre principale source de revenus".
L'élevage a été "l'un des secteurs les plus touchés", confirme à l'AFP Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l'agriculture, soulignant qu'il faudra "attendre le reflux des eaux pour une évaluation plus précise des pertes". Selon M. Benali, les champs de betteraves, agrumes et légumes ont également été affectés.
Jeudi, le gouvernement a annoncé le déblocage d'environ 300 millions d'euros dont 30 millions en aide directe aux agriculteurs et éleveurs, le reste devant aller à l'aide d'urgence, la réhabilitation des infrastructures routières et agricoles ou la rénovation de logements et commerces.
Malgré les dégâts dans le nord-ouest, les pluies exceptionnelles qui sont tombées sur l'ensemble du pays devraient "contribuer à une croissance de 4,9%" cette année, grâce notamment "à une forte production agricole", a indiqué jeudi le Fonds monétaire international (FMI), dans un communiqué.
Y.Baker--AT