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Thaïlande: revers historique pour le Pheu Thai, des interrogations sur l'avenir du parti
Le parti le plus prospère de Thaïlande au XXIᵉ siècle, formation populiste de la figure dominante de la politique du pays depuis 25 ans, connaît son pire résultat électoral, soulevant des questions sur l'avenir de la machine politique de l'ancien Premier ministre emprisonné, Thaksin Shinawatra.
Le Pheu Thai, dernière incarnation de l'organisation fondée par le milliardaire des télécommunications Thaksin, a terminé loin derrière, en troisième position, lors du scrutin de dimanche, selon les chiffres préliminaires de la commission électorale.
Plusieurs facteurs ont contribué à son affaiblissement, selon les analystes : la condamnation de son fondateur pour corruption, la gestion maladroite par sa fille Paetongtarn du conflit frontalier avec le Cambodge et la mainmise du parti par la famille fondatrice.
Les Shinawatra ont produit pas moins de quatre Premiers ministres depuis le début du siècle, le dernier candidat du Pheu Thai pour ce poste, le professeur de génie biomédical Yodchanan Wongsawat, étant le neveu de Thaksin.
Pipat Saeteaw, un retraité de 72 ans vivant à Bangkok, était autrefois un fervent partisan du Pheu Thai et des Shinawatras. "J'aimais Thaksin. J'aimais vraiment le programme de soins universels à 30 bahts de son gouvernement, que j'utilise encore aujourd'hui", a-t-il déclaré à l'AFP lundi.
"Mais pourquoi Thaksin a-t-il fui et n'est-il pas revenu pour affronter la justice ? Maintenant, il amène son enfant et son neveu en politique. Je ne suis pas d'accord avec ça", ajoute-il, en assurant ne plus voter Pheu Thai.
Le parti a été laminé dans la province natale de Thaksin, Chiang Mai, l'un de ses bastions traditionnels, où il a perdu pour la première fois tous les circonscriptions, ont reconnu des responsables du parti.
C'est une chute spectaculaire après que Thaksin a marqué l'histoire de la politique thaïlandaise dans les années 2000: premier Premier ministre à terminer un mandat complet, premier à être réélu, et premier à obtenir une majorité absolue.
"C'est la voix du peuple que nous devons respecter. Donc nous acceptons le résultat", a déclaré Julapun Amornvivat, l'une des figures du parti, aux journalistes.
Certains observateurs s'interrogent pour savoir si cela pourrait marquer la fin de la dynastie Shinawatra, mais le Pheu Thai pourrait néanmoins intégrer la coalition au pouvoir, en vue de revenir sur la scène politique.
"Pour les prochaines années, Thaksin, c'est fini", explique à l'AFP Paul Chambers, chercheur associé principal à l'ISEAS-Yusof Ishak Institute de Singapour.
-"Rien n'est fini"-
Mais l'expert a avertit toutefois: "Rien n'est jamais +fini+ en Thaïlande".
La croissance économique de cette nation d'Asie du Sud-Est est anémique, et il pourrait encore y avoir une opportunité pour le Pheu Thai à l'avenir "si l'économie continue de se dégrader", ajoute-t-il.
Thaksin a été élu pour la première fois Premier ministre en 2001 sur la base de promesses populistes de prospérité pour les populations rurales.
En quelques années, il a contribué à relancer l'économie, en déclin depuis la crise financière asiatique de 1997.
Mais il a ensuite été renversé par un coup d'État militaire et a fui le pays, ne revenant en Thaïlande qu'en 2023, alors que son parti formait un gouvernement, ensuite dirigé par Paetongtarn Shinawatra.
Celle-ci a été destituée par la Cour constitutionnelle en août 2025 après des propos jugés trop révérencieux à l'endroit d'un ancien dirigeant du Cambogde, alors que les combats avaient éclaté le mois précédent à la frontière entre les deux pays.
Elle a été remplacée par Anutin Charnvirakul, dont le parti Bhumjaithai a remporté une victoire écrasante lors des élections dimanche.
Il dispose de plusieurs options pour former une coalition, y compris avec le Pheu Thai, mais les analystes de BMI, filiale de Fitch Solutions, estiment que cette combinaison est désormais moins probable.
"Un partenariat serait probablement instable, compte tenu des hostilités ouvertes dans le passé", a noté BMI dans une note de perspective.
Avant le scrutin, certains observateurs prédisaient qu'en plus d'un accord politique, Thaksin pourrait être libéré plus tôt que prévu de sa peine d'un an de prison pour corruption.
Mais Punchada Sirivunnabood, professeure de sciences politiques à l'Université Mahidol, a souligné que Thaksin était éligible à la libération conditionnelle dès mai, indépendamment de tout accord.
"Je ne pense pas que ce soit la fin pour les Shinawatras", a-t-elle estimé.
B.Torres--AT