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L'Iran jure de paralyser le commerce du pétrole, une raffinerie émiratie à l'arrêt
La fermeture d'une raffinerie émiratie, une des plus grandes au monde, après une attaque de drone iranien, vient faire écho mardi à la menace de Téhéran de bloquer les exportations de pétrole du Moyen-Orient tant que la guerre se poursuivra.
Les Etats-Unis ont prévenu l'Iran que la journée de mardi serait la plus intense des journées de bombardements jusqu'ici. L'Iran n'était pas en reste, annonçant en début de soirée une nouvelle salve de missiles sur Israël, notamment Tel-Aviv, et sur des cibles américaines au Moyen-Orient.
Depuis le lancement le 28 février des bombardements américano-israéliens, suivis des représailles iraniennes notamment contre les infrastructures énergétiques du Golfe, les cours du brut ont connu des fluctuations importantes, s'envolant lundi avant de se stabiliser mardi, témoignant de la fébrilité des marchés qui craignent que cette guerre ne provoque une crise économique mondiale.
La fermeture, à cause d'une attaque de drones, de la raffinerie de Ruwais aux Emirats arabes unis selon une source proche du dossier, marque une nouvelle étape dans ce conflit où le pétrole a pris une place centrale.
"Nous avons vu deux boules de feu s'élever du complexe, accompagnées de bruits forts ressemblant à des explosions", a raconté sous couvert d'anonymat un chauffeur de taxi, venu chercher le personnel évacuant la raffinerie.
Officiellement, aucune destruction n'a été annoncée.
Défiant l'appel américain à ne pas prendre en otage l'économie mondiale, Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique du pouvoir iranien, a prévenu que les forces armées "n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires".
Une référence probable au détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, et que l'Iran contrôle de facto.
- Guerre sans fin ? -
Si les cours du pétrole ont baissé après l'envolée de lundi, leur stabilisation dépendra d'un retour à la normale. Analyste pour Swissquote Bank, Ipek Ozkardeskaya a d'ailleurs jugé "rare que les marchés connaissent une telle volatilité".
"Il est absolument crucial que le transport maritime reprenne dans le détroit", a résumé le patron du géant saoudien des hydrocarbures Aramco, Amin Nasser.
En Europe, la fébrilité gagne du terrain, le commissaire européen chargé de l'énergie, Dan Jorgensen, recommandant mardi aux Etats qui le peuvent de baisser les taxes sur l'énergie, pour compenser la hausse des prix liée à la guerre.
Le chancelier allemand, Friedrich Merz a lui déploré l’absence d'un "plan commun" américano-israélien en vue d' arrêter les hostilités, appelant à éviter "une guerre sans fin".
L'Agence internationale de l'Energie (AIE) a, elle, convoqué mardi "une réunion extraordinaire" afin d'évaluer s'il était nécessaire de puiser dans des stocks stratégiques d'hydrocarbures pour éviter une nouvelle envolée des prix.
- Briser "les os" -
Washington ne donne en tout cas aucun signe de modération. Au contraire, le ministre de la Défense Pete Hegseth a annoncé que mardi serait "le jour le plus intense des frappes".
Son allié, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis de son côté de briser "les os" du pouvoir iranien.
Le président américain Donald Trump a lui brouillé les cartes en évoquant lundi l'éventualité d'une guerre qui pourrait se terminer "bientôt". Des propos qui ont rassuré les marchés mais dont la portée restait inconnue.
A Téhéran, de puissantes explosions ont été entendues à la mi-journée dans le centre et plusieurs quartiers, selon des médias iraniens.
Selon une habitante, jointe par l'AFP, il y aussi des "hommes armés dans les rues. A bord de gros véhicules. La seule chose qu'on voit d'eux, ce sont leurs yeux".
"Les gens sont calmes, ils s'habituent à vivre malgré tout et s'adaptent", commente un autre habitant.
- Guide suprême absent -
Du côté du pouvoir iranien, on proclame une détermination sans faille, à l'instar d'Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale qui a menacé Donald Trump sur X : "Faites attention à ne pas être éliminé vous-même!".
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du parlement, a lui promis une réplique "oeil pour oeil, dent pour dent" aux attaques contre les infrastructures iraniennes.
Quant au ministère du Renseignement, il a annoncé mardi l'arrestation de trente personnes pour espionnage présumé.
Cette détermination affichée s'ajoute à la désignation dimanche de l'ayatollah Mojtaba Khamenei comme guide suprême, après la mort de son père dans des frappes israélo-américaines au premier jour de la guerre.
Deux jours plus tard, l'héritier, dont l'épouse a aussi été tuée, n'est toujours pas apparu en public. Seule chose ayant filtré dans un sujet de la télévision d'État, le fait qu'il aurait été "blessé" dans le conflit en cours.
Les frappes attribuées à l'Iran continuaient d'affecter nombre de pays voisins, des gros producteurs d'hydrocarbures dont certains abritent des bases américaines.
- 100.000 déplacés en 24 heures -
Le Koweït et l'Arabie saoudite ont dit avoir abattu des drones, arme omniprésente dans le conflit. Bahreïn a déploré deux morts dans une frappe sur un immeuble résidentiel.
L'Irak, qui tire 90% de ses revenus de l'or noir et a lui-même plusieurs pétroliers bloqués dans le Golfe, a indiqué chercher des voies alternatives.
Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda (sud), appelant les habitants de plusieurs immeubles à évacuer leur logement.
Un scénario désormais courant, notamment pour Beyrouth, dont la banlieue sud a été quasiment vidée. Elle a été de nouveau frappée mardi, selon des images de l'AFPTV.
Plus de 667.000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes sur son voisin, dont 100.000 en 24 heures, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés.
burs/alf/am
T.Perez--AT