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Crash d'Air Algérie en 2014: le procès de Swiftair pour homicides involontaires s'est ouvert à Paris
Le procès de la compagnie aérienne espagnole Swiftair, propriétaire de l'avion qui s'était écrasé au Sahel en 2014, faisant 116 morts, s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Paris.
La compagnie madrilène, poursuivie pour homicides involontaires, détenait le McDonnell Douglas MD-83 qu'elle avait loué à Air Algérie avec son équipage.
Le 24 juillet 2014, l'appareil qui effectuait le vol AH5017 Ouagadougou-Alger s'était écrasé en plein Sahel, dans le nord du Mali, avec à son bord 110 passagers dont 54 Français, 23 Burkinabè, des Libanais, des Algériens et six membres d'équipage, tous espagnols.
En pleine nuit, alors que l'aéronef traversait une zone intertropicale orageuse, la non-activation du système d'antigivrage avait conduit à la formation de cristaux de glace dans des capteurs de pression, entraînant la décélération automatique des moteurs, sans réaction appropriée de l'équipage et jusqu'au décrochage fatal.
Le procès, qui doit durer quatre semaines, s'est ouvert lundi en début d'après-midi en présence de plusieurs dizaines de proches de victimes.
"Je suis convaincu qu'on ne peut pas imputer à Swiftair un manque de respect du règlement et nous croyons que l'audience va le démontrer", a déclaré le vice-président de la compagnie, Fernando Llorens, lors d'une première prise de parole, en appelant le tribunal à "écarter les spéculations" et "interprétations arbitraires".
Celui qui représente la personne morale poursuivie a également présenté ses "condoléances aux familles et proches des victimes qui ont perdu la vie lors de cette tragédie".
- "Divers manquements" -
Cette première après-midi d'audience s'est néanmoins concentrée sur des considérations essentiellement procédurales, les avocats de la défense considérant notamment que l'affaire ne peut être jugée pour avoir déjà bénéficié d'un non-lieu en Espagne, heurtant ainsi le principe du "non bis in idem", selon lequel nul ne peut être poursuivi ou puni deux fois pour les mêmes faits.
Le tribunal a décidé d'examiner cette demande de Swiftair à l'issue du procès, en même temps que le fond du dossier.
Près de douze ans après les faits, les avocats de Swiftair se sont en outre agacés de l'"impréparation du parquet", qui n'est pas parvenu à convoquer régulièrement nombre de témoins.
"Je ne sais pas quoi vous dire, je vous présente mes excuses", s'est contentée de répéter la procureure à l'endroit de l'une des avocats de la défense, Rachel Lindon.
La passe d'armes a illustré le sinueux parcours procédural du dossier.
A l'issue des investigations, les juges d'instruction français avaient estimé que "divers manquements de la part de la compagnie" avaient joué un rôle dans l'accident, en particulier une "formation lacunaire" de l'équipage, qui ne lui avait "pas permis" de "réagir de manière adaptée et d'éviter l'accident".
Ils avaient considéré que Swiftair devait être jugée pour "homicides involontaires par négligence et imprudence", faute d'avoir assuré "une formation suffisante à l'équipage, ce qui a contribué à sa non-perception des conditions de vol extérieures, à sa non-appréhension de la détérioration des paramètres moteurs, à sa non-utilisation des moyens de protection de l'aéronef et à son manque de réaction adaptée face à l'apparition du décrochage".
Au contraire, la compagnie madrilène, créée en 1986 et qui possède une flotte d'une cinquantaine d'avions, fait valoir que l'accident résulte d'une combinaison de facteurs extérieurs, notamment "les lacunes du manuel de vol sur la particularité du givrage par cristaux de glace" et "les lacunes de Boeing et de l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) sur le décrochage qui intervient soudainement sans alarme préalable".
A.Ruiz--AT