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Doté d'un nouveau guide suprême, l'Iran échange des frappes avec Israël
L'Iran a lancé lundi ses premières salves de missiles et de drones vers Israël et ses voisins du Golfe depuis que Mojtaba Khamenei a succédé comme guide suprême à son père, l'ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre.
Au dixième jour d'un conflit qui a embrasé tout le Moyen-Orient, Israël a annoncé des frappes contre des "infrastructures du régime" en Iran, et mène à l'aube une opération héliportée dans l'est du Liban tout en bombardant la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.
Paniqué par l'intensification de la guerre durant le week-end et le blocage persistant du détroit stratégique d'Ormuz, le marché pétrolier flambe lundi matin, propulsant le baril à plus de 118 dollars.
Mojtaba Khamenei, un religieux de 56 ans considéré comme proche des conservateurs iraniens en raison notamment de ses liens avec les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a été choisi dimanche comme guide suprême par l'Assemblée des experts, collège de 88 membres du clergé chiite.
Le communiqué a été lu solennellement dimanche soir à la télévision d'Etat par un présentateur pendant qu'une photo de Mojtaba Khamenei apparaissait à l'écran.
L'Assemblée des experts assure "ne pas avoir hésité une minute" à remplir sa mission de désigner un guide malgré "l'agression brutale de l'Amérique criminelle et du régime sioniste malfaisant".
Les Gardiens de la Révolution, les forces armées, la police et la diplomatie ont immédiatement prêté allégeance au nouveau guide suprême, qui succède à son père, au pouvoir de 1989 à sa mort le 28 février dans l'offensive américano-israélienne.
- Scènes de liesse -
Des images ont ensuite montré des scènes de liesse à travers le pays, avec des Iraniens agitant dans la nuit des drapeaux de la République islamique ou les lampes de leurs téléphones portables.
Israël avait d'ores et déjà annoncé mercredi que le nouveau guide suprême serait "une cible".
Quant à Donald Trump, qui revendique un droit de regard sur le pouvoir iranien, il a prévenu dimanche que le nouveau guide suprême "ne tiendra pas longtemps" sans son aval, et ce avant même que son nom ne soit rendu public.
Jeudi, il avait déjà affirmé qu'il n'accepterait pas que Mojtaba Khamenei prenne la relève.
Quelques heures après cette annonce, la radio-télévision d'Etat Irib a annoncé le lancement de missiles vers Israël. Elle a montré le fuselage d'un projectile frappé de l'inscription "sous ton commandement Seyyed Mojtaba", une référence religieuse chiite qui marque l'allégeance des forces iraniennes au nouveau guide.
Le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont également fait état lundi de vagues de missiles et de drones iraniens lancés dans leur direction.
Un drone iranien a blessé 32 civils, dont quatre grièvement, à Sitra, au Bahreïn, selon le ministère de la Santé. L'Arabie saoudite a annoncé l'interception de quatre drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué dimanche.
Depuis le début de la guerre, l'Iran attaque des infrastructures chez ses voisins du Golfe, riches en hydrocarbures et qui abritent plusieurs bases militaires américaines.
- Flambée du pétrole -
La guerre paralyse une grande partie des flux d'hydrocarbures en provenance du Golfe. Le détroit d'Ormuz est au centre des inquiétudes, avec quelque 20% de la production mondiale de pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) qui y transite habituellement.
Le prix du baril a dépassé les 118 dollars lundi, atteignant son plus haut niveau depuis l'été 2022 à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Depuis le début de la guerre, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, s'est apprécié de 70%, du jamais vu sur une période aussi courte.
Face à ce choc pour l'économie mondiale, les ministres des Finances des puissances du G7 doivent se réunir en visioconférence lundi à 12H30 GMT.
Cette flambée est un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde", a assuré Donald Trump sur son réseau Truth Social.
Dans une interview publiée dimanche par The Times of Israel, M. Trump a déclaré que l'arrêt des hostilités se ferait par une décision "mutuelle" entre lui et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
L'armée israélienne a dit de son côté lundi matin avoir lancé une nouvelle vague de frappes visant des "infrastructures du régime" au centre de l'Iran.
Pendant le week-end, elle avait annoncé avoir frappé plusieurs dépôts de carburant utilisés selon elle pour faire fonctionner les infrastructures militaires, ainsi que le QG de la force aérospatiale des Gardiens de la Révolution.
L'épaisse fumée noire provenant des réservoirs pétroliers bombardés a plongé dimanche la capitale iranienne dans une obscurité aux allures d'apocalypse, accompagnée d'une odeur de brûlé, le temps pluvieux ajoutant encore plus de confusion.
"L'air est devenu irrespirable", témoigne une habitante jointe par téléphone depuis Paris. "Nous ne voulions pas qu'ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà".
Après cette première attaque contre des infrastructures pétrolières iraniennes depuis le 28 février, l'armée iranienne a menacé de cibler des sites pétroliers de la région.
"Si vous pouvez supporter un pétrole à plus de 200 dollars le baril, continuez avec ce jeu", a-t-elle menacé.
- Combats au Liban -
Selon le dernier bilan du ministère iranien de la Santé, plus de 1.200 personnes ont été tuées et plus de 10.000 civils blessés, des affirmations que l'AFP n'a pas pu vérifier.
Israël a également annoncé lundi matin avoir repris ses frappes sur des "infrastructures du Hezbollah" à Beyrouth, s'ajoutant aux violents combats de la nuit dans l'est du Liban, près de la frontière syrienne, où le mouvement chiite pro-iranien a dit affronter des troupes israéliennes arrivées par hélicoptère.
Les affrontements ont lieu près du village de Nabi Chit, dans la région de la Bekaa, déjà ciblé dans la nuit de vendredi à samedi par des commandos israéliens venus tenter, sans succès, de récupérer le corps d'un aviateur israélien capturé en 1986.
D'après le ministre libanais de la Santé, Rakan Nassereddine, les frappes ont fait 394 morts, dont 83 enfants, en une semaine dans le pays.
burx-roc/gmo/gmo
A.Ruiz--AT