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Les marchés financiers rattrapés par les inquiétudes géopolitiques
Après une journée d'accalmie, les prix du pétrole ont à nouveau flambé jeudi au sixième jour de la guerre au Moyen-Orient, faisant peser le spectre de l'inflation sur les Bourses mondiales.
"Le conflit continue de s'intensifier aujourd'hui, et le trafic des pétroliers reste à l'arrêt" dans la région, "sans calendrier précis quant à la reprise normale des activités", commente Patrick O'Hare, de Briefing.com.
Les frappes se poursuivent et le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% de la production mondiale de pétrole et près de 20% du gaz naturel liquéfié (GNL), reste paralysé.
En conséquence, les cours du brut ont une nouvelle fois connu une très forte progression, atteignant jeudi des niveaux plus vus depuis près de deux ans.
Le baril de West Texas Intermediate (WTI) s'est envolé de 8,51% à 81,01 dollars tandis que le Brent, référence internationale, a gagné 4,93% à 85,41 dollars.
Depuis le début du conflit, ils se sont envolés de près de 20%.
Le gaz naturel a, lui, progressé jeudi de 4,03% à 50,73 euros le mégawattheure pour le contrat à terme du TTF néerlandais, référence en Europe.
Les investisseurs craignent qu'une hausse durable des cours de l'énergie se répercute largement sur les prix payés à la caisse par les ménages.
"Cela va se traduire par une augmentation des prix de (l'énergie) à un moment où les gens se sentent déjà étranglés par le coût élevé de la vie", remarque auprès de l'AFP Patrick O'Hare.
En Europe, Paris a perdu 1,49%, Londres 1,45% et Francfort 1,61%. Milan a perdu 1,61%.
A Wall Street, le Dow Jones a perdu 1,61% après avoir chuté de plus de 2% en séance. L'indice Nasdaq a reculé de 0,26% et l'indice élargi S&P s'est replié de 0,56%.
- La dette souveraine sous pression -
Les investisseurs redoutent un regain d'inflation - particulièrement en Europe où les pays importent massivement leurs hydrocarbures -, rappelant la vague inflationniste provoquée par la guerre en Ukraine en 2022.
Résultat, les taux d'intérêt des dettes d'État, pourtant considérées traditionnellement comme des valeurs refuge en cas d'incertitude, grimpent sur le Vieux Continent.
Une inflation plus élevée réduit la valeur réelle des sommes versées par un emprunteur à ses créanciers. Ces derniers exigent par conséquent des taux d'intérêt plus élevés pour compenser cette perte.
Le rendement de l'emprunt allemand à échéance 10 ans, considéré comme la référence européenne, évoluait à 2,84% contre 2,75% mercredi à la clôture. Son équivalent français s'établissait à 3,48% contre 3,35% mercredi, et l'italien à 3,57% contre 3,43%. Le rendement britannique à 10 ans s'est établi à 4,55% contre 4,44% mercredi à la clôture.
Le marché obligataire américain est également crispé: le rendement à 10 ans a terminé à 4,14% contre 4,10% la veille en clôture et 3,94% vendredi dernier, avant le début de la guerre.
En parallèle, "le dollar demeure la valeur refuge de prédilection face à un conflit sans précédent au Moyen-Orient", estime Kathleen Brooks. Bien que les marchés d'actions se stabilisent, "le billet vert reste ferme", note-t-elle.
La hausse des hydrocarbures devrait davantage peser sur les économies asiatiques et européennes que sur celle des États-Unis, plus indépendante en matière énergétique, et dont la devise est utilisée sur les marchés internationaux pour acheter du pétrole brut.
Vers 21H50 GMT, le billet vert prenait 0,24% à la monnaie unique européenne, à 1,1605 dollar pour un euro.
W.Nelson--AT