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Milei sur le point de faire adopter sa réforme clef du travail, malgré la rue
A l'aube de sa troisième année de mandat, le président ultralibéral argentin Javier Milei s'apprête à voir adopter une réforme clef à ses yeux sur la législation du travail, un texte clivant et aux effets incertains sur l'emploi.
Débat et vote à l'intérieur du Sénat, risque réel de nouveaux heurts au dehors: pour la troisième fois en trois semaines, la place du Parlement à Buenos Aires devrait voir vendredi un massif déploiement policier, face à une manifestation des syndicats les plus combatifs, et de partis de la gauche radicale.
Mais sauf revirement inattendu, les sénateurs devraient ratifier la loi dite de "modernisation du travail" - de "précarisation", rétorquent les syndicats.
Quelques concessions de l'exécutif, comme sur les contributions patronales à la couverture santé ou les indemnités pour arrêts-maladie, ont fini par assurer au texte un soutien parlementaire au-delà du seul parti libertarien miléiste, La Libertad Avanza.
La grande centrale syndicale CGT elle-même considère la partie perdue. Ses mobilisations et sa grève générale du 19 février "n'ont pas suffi" à convaincre les parlementaires de voter contre la réforme, a déploré cette semaine son co-secrétaire général Jorge Sola.
Le prochain match se jouera donc en justice. "Ce qu'il nous reste, c'est interpeller le pouvoir judiciaire pour qu'il constate l'inconstitutionnalité de cette loi", a-t-il déclaré mercredi, annonçant pour lundi une saisine de la justice, ainsi qu'une nouvelle manifestation ce jour-là.
Entre autres points hautement contestés, la réforme facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail (à 12 heures), limite de facto le droit de grève en élargissant les services dits "essentiels" et autorise le fractionnement des congés.
Pour Javier Milei, sa réforme "structurelle", totem de déréglementation, vise "à en finir avec plus de 70 ans de retard dans les relations de travail". Et à créer "un environnement qui facilite l'embauche, stimule l'investissement et permet à l'emploi déclaré de se développer", dans un pays où 43% de l'emploi était informel fin 2025, encore un peu plus qu'en 2024.
- Pas d'embauches prévues -
Si le patronat, à l'instar du président de l'Union industrielle (UIA) Martin Rappallini, salue un texte qui combat la judiciarisation à outrance du monde du travail, "problème structurel dissuasif", il met aussi en garde: "la création d'emplois dépend de nombreux facteurs et ne se résout pas uniquement par une loi".
De fait, un rapport de l'Institut de la statistique (Indec) sur l'humeur des entreprises suggère que la réforme n'aura guère d'effet sur l'emploi à court terme. Dans l'industrie, 80% d'entre elles disent n'avoir aucun projet d'embauche dans les trois mois à venir, et 15% prévoient même une diminution d'effectifs.
Ce qui, et de loin, alarme le plus les entreprises, appuie l'enquête, c'est la demande interne insuffisante. Ceci traduit ce que les indicateurs attestent depuis des mois: un pouvoir d'achat en berne et une consommation anémiée, revers de la médaille de l'austérité budgétaire façon Milei, qui lui a permis de dompter l'inflation, ramenée en deux ans de 150% à 32% en interannuel.
Annoncé mardi, le rebond de la croissance argentine en 2025 (+4,4%) venant après la contraction de 2024 (-1,8%), ne dit pas autre chose: l'économie a été tirée par le secteur agraire (+32%), les mines, les services financiers, mais industrie (-3,9%) et commerce (-1,3%) sont sinistrés.
Près de 300.000 emplois ont été perdus, secteurs public et privé confondus, en deux ans de présidence de Javier Milei, qui se revendique anarcho-capitaliste.
En attendant un éventuel impact sur l'emploi, Javier Milei entend bien exhiber dès dimanche, lors de son discours annuel au Parlement, le trophée d'une loi travail adoptée. Qui plus que tout traduirait un rapport de force qui a évolué en sa faveur, depuis sa victoire aux législatives de mi-mandat en octobre dernier.
T.Wright--AT