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Procès de l'ex-président kosovar pour crimes de guerre : 45 ans de prison requis
Le parquet a requis lundi 45 ans de prison contre l'ancien président du Kosovo Hashim Thaçi ainsi que contre trois autres ex-hauts responsables militaires dont le procès à La Haye pour crimes de guerre pendant le conflit avec la Serbie dans les années 1990 est entré dans sa dernière phase.
Tous les quatre sont accusés d'assassinats, de tortures, de persécution et de détention illégale de centaines de civils et de non‑combattants, y compris des Serbes, des Roms et des Albanais du Kosovo considérés comme des opposants politiques, dans des dizaines de sites au Kosovo et en Albanie.
Ils sont également poursuivis pour crimes contre l'humanité.
"La gravité des accusations n'a pas diminué avec le temps", a lancé lundi la procureure Kimberly West dans ses plaidoiries finales, qui sont, avec celles de la défense, l'ultime étape dans ce procès qui doit se terminer la semaine prochaine.
Le tribunal, situé à la Haye mais faisant partie du système judiciaire kosovar, disposera d'un mois supplémentaire pour délibérer avant de rendre son verdict.
Ce délai pourrait être prolongé de deux mois en cas de circonstances exceptionnelles.
- "Tentatives" d'influer sur les témoignages -
Hashim Thaci, âgé de 57 ans, qui portait un costume gris anthracite, une chemise blanche et une cravate rouge, a attentivement écouté le début de l'audience.
A l'époque des faits, celui qui a immédiatement démissionné de la présidence après sa mise en examen en 2020 était le chef politique de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) et les trois autres accusés étaient des officiers de haut rang dans cette guérilla indépendantiste.
Tous ont plaidé non coupables à l'ouverture du procès il y a quatre ans et devraient tous faire de même dans leurs plaidoiries finales.
Créées par le Parlement kosovar, les Chambres spécialisées du Kosovo enquêtent sur les crimes de guerre présumés commis par des guérilleros kosovars pendant les hostilités avec la Serbie et en poursuivent les auteurs.
Elles sont exclusivement composées d'un personnel international afin de protéger les témoins d'éventuelles représailles dans leur pays d'origine.
La procureure Kimberly West a toutefois souligné que les enquêteurs avaient mis au jour des "tentatives manifestes" de "diluer, voire d'influencer, certains témoignages, notamment au profit de l'accusé Hashim Thaçi".
- "Guerre de libération" -
A Pristina, la capitale du Kosovo, où ces hommes sont encore largement considérés comme des héros de la lutte pour l'indépendance, d'anciens membres de l'UCK se sont réunis pour suivre le procès à la télévision.
Le chef de ce groupe, Hysni Gucati, a qualifié de "scandaleuses" les accusations portées contre les quatre anciens hauts responsables.
"Cela ne plaît qu'à la Serbie et à tous ceux qui s'opposent au Kosovo", a-t-il lancé devant les médias locaux, s'exprimant du quartier général des anciens combattants, situé en centre-ville.
La présidente kosovare, Vjosa Osmani, a de son côté estimé que toute volonté de comparer la "guerre de libération" livrée par l'UCK aux actions de "l'agresseur serbe génocidaire" était préjudiciable à une paix durable.
"La guerre de l'UCK était juste et pure" et "cette vérité ne saurait être altérée par des tentatives de réécrire l'histoire et ternir ou de dévaloriser la lutte du peuple kosovar pour la liberté", a-t-elle ajouté.
Une manifestation de soutien aux quatre accusés est prévue à Pristina pour le 17 février, le dernier jour en principe du procès.
Qui tombera en outre le jour de la fête nationale...
W.Moreno--AT