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Le prince William en visite à Ryad, "préoccupé" par l'affaire Epstein
Le prince William a entamé lundi une visite officielle de trois jours en Arabie saoudite censée renforcer les relations entre le Royaume-Uni et la monarchie du Golfe, mais les dernières révélations sur les liens entre son oncle Andrew et Jeffrey Epstein pourraient jouer les trouble-fêtes.
Alors que l'héritier de la couronne s'apprêtait à partir pour Ryad, ses services ont, pour la première fois depuis qu'une nouvelle série de documents sur l'affaire Epstein a été diffusée fin janvier, publié un bref communiqué soulignant que William et son épouse Kate étaient "profondément préoccupés par les révélations qui se succèdent".
Le communiqué de Kensington Palace ne mentionne pas Andrew directement. Mais en octobre, le roi Charles III - qui a de nouveau été brièvement pris à partie sur ce scandale lors d'un déplacement lundi - avait déjà pris la mesure historique de déchoir son frère cadet de tous ses titres royaux et de l'obliger à quitter sa résidence du domaine royal de Windsor.
Les documents impliquant Andrew, qui émergent au compte-gouttes, n'ont fait qu'alimenter les soupçons sur son implication dans le vaste réseau de trafic sexuel dont bénéficiait Jeffrey Epstein.
Lundi, la police locale de Windsor a aussi indiqué examiner de nouvelles informations selon lesquelles Andrew aurait transmis en 2010 au pédocriminel et financier américain des documents potentiellement confidentiels liés à ses fonctions d'envoyé spécial du Royaume-Uni au Commerce, dont il fut chargé entre 2001 et 2011.
Dans ces conditions, William, de plus en plus visible à l'international, pourrait peiner à se concentrer sur les objectifs affichés de ce voyage.
Il a été accueilli à l'aéroport de Ryad par le vice-gouverneur de la région, le prince Mohammed ben Abdulrahmane ben Abdulaziz, selon l'agence de presse saoudienne SPA.
Il doit retrouver le prince héritier Mohammed ben Salmane pour une visite privée du site classé au patrimoine mondial de l'Unesco d'At-Turaif, avant de s'entretenir avec lui.
Mardi, William doit visiter un projet de rénovation urbaine durable dans la capitale saoudienne et échanger avec des universitaires sur la transition énergétique du pays. Il rencontrera également de jeunes femmes élèves d'un centre d'entraînement de football, avant d'assister à un tournoi de e-sport.
Il visitera mercredi une réserve naturelle et une ferme durable dans l'oasis d'Alula, situé dans le nord-ouest du pays, selon le programme dévoilé par ses services.
- Priorité stratégique -
Cette visite intervient dans le cadre d'une intensification des relations diplomatiques entre Londres et Ryad, après les frictions nées de l'assassinat en 2018 du journaliste dissident Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Les services secrets américains ont pointé la responsabilité directe de Mohammed ben Salmane et en 2020, Londres avait sanctionné 20 Saoudiens soupçonnés d'avoir été impliqués.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'est déjà rendu en décembre 2024 dans la monarchie conservatrice, suivi de son ministre des Affaires étrangères d'alors, David Lammy, en janvier 2025, puis de sa ministre des Finances Rachel Reeves en octobre dernier.
Les familles royales saoudiennes et britanniques partagent aussi de longue date des relations chaleureuses et la visite de William est, pour Londres, une tentative de "capitaliser sur cette fraternité royale", souligne Simon Mabon, professeur de relations internationales à l'université de Lancaster.
En envoyant "le futur roi", le gouvernement britannique souligne qu'il "voit (cette relation) comme une priorité stratégique de long terme", ajoute-t-il à l'AFP.
Londres négocie actuellement un accord commercial avec le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe les six Etats de la région, dont l'Arabie saoudite.
Et la monarchie pétrolière a évoqué son intérêt pour le projet de futur avion de combat (GCAP) développé par le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon, et amené à remplacer vers 2035 les Eurofighter italiens et britanniques.
Si l'exercice s'annonce difficile pour William, le prince de 43 ans a déjà montré qu'il avait des talents diplomatiques, notamment lors de sa rencontre, largement saluée, avec le président américain Donald Trump à Paris en 2024, souligne l'expert royal Richard Fitzwilliams.
"Il est très à l'aise sur la scène diplomatique, ce qui est primordial", soulignait-il avant la visite.
W.Nelson--AT