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Pour les habitants du sud du Liban, la guerre avec Israël n'est pas finie
Quand il passe devant ce qu'il reste de cet immeuble du village de Qannarit, dans le sud du Liban, Ali al-Dorr préfère détourner le regard. Le bâtiment a été soufflé le mois dernier par une frappe israélienne, dans laquelle son fils a tout perdu.
Des cahiers, des papiers, des meubles sont éparpillés parmi les décombres de l'immeuble de la localité surplombant la mer, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.
Ali al-Dorr, chauffeur de car scolaire de 62 ans, y avait acheté un appartement pour son fils, qui y vivait avec sa famille jusqu'au 21 janvier. Ce jour là, l'armée israélienne a laissé peu de temps aux habitants pour évacuer plusieurs immeubles mitoyens, avant de bombarder la zone.
Elle avait averti qu'elle allait frapper une "infrastructure du Hezbollah", comme elle le fait régulièrement malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024.
Depuis cette date, plus de 370 personnes ont été tuées dans des raids israéliens au Liban, selon un bilan de l'AFP fondé sur les données des autorités libanaises. Israël affirme la plupart du temps viser le mouvement pro-iranien, qu'elle accuse de se réarmer.
"Je passe par ici chaque jour pour déposer des élèves. Je tourne la tête, pour ne pas avoir le coeur brisé", souffle Ali al-Dorr. "Au moins la famille s'en est sortie vivante".
- "Pas de sécurité" -
Qannarit, paisible localité entourée d'oliviers, avait été visée par plusieurs raids israéliens durant le conflit meurtrier de près d'un an entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, et ses habitants espéraient un retour au calme avec la trêve.
Quelque 55 familles s'y étaient même réfugiées après avoir fui des zones plus proches de la frontière avec Israël selon les autorités locales, pensant être à l'abri.
Mais les bombardements sont réguliers. Lundi encore, deux personnes ont été tuées dans deux frappes dans le sud du Liban, et quatre autres dimanche soir dans l'est du pays, deux régions bastions du Hezbollah.
En plus de cette menace constante, les nerfs des habitants de la région sont également mis à rude épreuve par le bourdonnement incessant des drones israéliens.
L'appartement de Fatima al-Nassar, Palestinienne de 52 ans, a aussi été fortement endommagé par la frappe du 21 janvier sur Qannarit.
Des murs sont éventrés, et le jardin en contrebas où la famille faisait pousser des légumes pour les vendre est désormais rempli de débris, et gris de poussière.
"Nous sommes ici depuis 25 ans (..) On travaille très dur, et tous nos efforts s'envolent en un instant", dit-elle, avant d'affirmer: "il n'y a pas de sécurité dans le sud".
Les deux frappes successives ayant touché Qannarit le 21 janvier ont blessé 19 personnes et détruit les logements de 26 familles, tandis que ceux de 350 autres familles ont été endommagés, selon l'adjoint au maire, Ibrahim Hamdan.
- "Ils vont nous bombarder?"
Le 1er février, sur le même site, un nouveau bombardement a frappé un bulldozer venu déblayer les gravats.
Les autorités libanaises accusent Israël d'entraver délibérément toute tentative de reconstruction dans la région.
Ahmad al-Awdali, 49 ans, raconte que son fils de 10 ans, Ali, se trouvait près des engins de chantier au moment de la frappe.
Depuis, "il se lève en sursaut la nuit, effrayé (..) et ne dort plus", dit son père.
"A chaque fois que nous allons dans une maison, il me demande: +est-ce qu'ils vont nous bombarder+?"
La devanture de la quincaillerie d'Ali Ghaddar, 56 ans, a été brisée dans les bombardements du 21 janvier, qui ont détruit un immeuble voisin. Sur ses ruines flotte le drapeau jaune du Hezbollah.
"La région a été tuée économiquement", déplore Ali Ghaddar.
"A ceux qui disent que la guerre est fini, je réponds non, elle continue. Nous sommes toujours en guerre".
Ch.P.Lewis--AT