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Le tandem Merz-Macron en quête de souveraineté numérique pour l'Europe
Le chancelier allemand et le président français veulent impulser mardi à Berlin la quête de "souveraineté numérique" d'une Europe terriblement dépendante des géants américains de la tech en pleine course à l'IA.
Friedrich Merz et Emmanuel Macron, les dirigeants des deux plus grandes économies européennes, veulent donner un coup d'accélérateur à cette ambition à l'occasion d'un sommet réunissant, outre les politiques, des patrons des entreprises du secteur, à commencer par le spécialiste français de l'intelligence artificielle Mistral, et le géant allemand des logiciels SAP.
Face à l'ampleur et la vitesse de la révolution technologique en cours, les dirigeants européens et les entreprises du secteur sont appelés à trouver des solutions pour avoir la main sur le destin numérique de l'Europe.
Les inquiétudes liées à la domination américaine ont pris une autre dimension avec le retour à la Maison Blanche du président Donald Trump, qui mène une politique commerciale offensive avec ses droits de douane accrus et veut se désengager militairement du continent européen.
Selon le ministre allemand du Numérique, Karsten Wildberger, la réunion de mardi aura donc pour "message central" que "l'Europe est prête à bâtir son propre avenir numérique".
S'exprimant lundi en marge de l'inauguration du chantier d'un centre de données estimé à 11 milliards d'euros, il a plaidé pour une Europe qui travaille "plus vite" et "ensemble".
Car un point clé est le reproche fait à l'Union européenne (UE) de tout ralentir avec ses règles et sa bureaucratie.
L'UE doit d'ailleurs proposer cette semaine des assouplissements de sa réglementation concernant l'IA et la protection des données.
Entreprises européennes et américaines n'ont cessé de dénoncer des législations trop complexes, freinant l'innovation et la compétitivité. Mais pour d'autres acteurs, en particulier de la société civile, il faut des garde-fous et protéger les données des citoyens.
- Le défi du Cloud -
Un autre enjeu des discussions à Berlin sera l'effort à faire pour créer des capacités européennes dans l'informatique à distance ("cloud computing"), un secteur sous la coupe de Google, AWS (filiale d'Amazon) et Microsoft.
MM. Merz et Macron doivent marteler leur message à tour de rôle dans des discours mardi après-midi, lors d'une conférence plénière à laquelle assisteront aussi de nombreux ministres européens du Numérique.
Outre la domination des États-Unis, l'Europe est aussi face au défi de sa dépendance à l'égard de l'Asie, en particulier la Chine, pour les équipements, semi-conducteurs ou composants d'ordinateurs.
Selon une enquête menée par l'association allemande Bitkom, environ 90% des entreprises allemandes qui importent des biens ou services numériques se considèrent dépendantes de ceux-ci.
- "Musée" technologique? -
Interrogé par l'AFP, le président de Bitkom, Ralf Wintergerst, a souligné l'urgence d'investir massivement.
"L'Europe ne doit pas se faire distancer, les investissements d'aujourd'hui sont les emplois de demain", a-t-il noté, "si l'Europe ne veut pas devenir un musée technologique, nous devons augmenter les investissements de manière significative".
Mais la bataille s'annonce difficile, entre croissance atone, retard accumulé, et des entreprises miniatures quand on les compare aux rivales américaines.
Ainsi, selon Bitkom, les centres de données européens, un élément clé de la révolution de l'IA, avaient une capacité de 16 gigawatts l'an dernier, contre 48 aux Etats-Unis et 38 à la Chine.
Autre exemple, certains récents investissements annoncés en Allemagne ne font qu'illustrer la dépendance vis-à-vis des Américains: un des projets est entre les mains de Google, l'autre repose sur les puces du géant Nvidia.
Pour un responsable français, il ne s'agit donc pas tant d'une "confrontation" avec les Etats-Unis ou la Chine que de savoir "comment protéger nos coeurs de souveraineté et quelles sont les règles qui doivent être mises en place".
A.O.Scott--AT