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En Syrie, la facture d'électricité plus élevée que les salaires
Quand Hani Massalkhi est allé payer sa facture d'électricité jeudi à Damas, il a réalisé qu'avec les nouveaux tarifs en vigueur, la somme qu'on lui réclamait dépassait son salaire mensuel.
L'ancien ingénieur agricole, qui vit avec une retraite d'environ 58 euros par mois, est reparti du centre de recouvrement sans payer.
"D'habitude, ma facture varie entre 15.000 et 20.000 livres syriennes (moins de deux euros). Aujourd'hui, elle dépasse les 800.000!" (un peu plus de 60 euros), s'exclame-t-il.
En octobre, le ministère syrien de l'Énergie a augmenté les prix jusqu'à 6 .000 %, provoquant une onde de choc au sein d'une population déjà éprouvée par plus de treize ans de guerre.
"Où est-ce qu'on est censé trouver cet argent ?", soupire M. Massalkhi.
"Les gens sortent d'une crise, épuisés... Ils n'ont même pas les moyens de mettre de la nourriture sur la table", s'indigne-t-il.
Les autorités ont expliqué que l'augmentation vertigineuse des prix s'est faite "dans le cadre d'un projet de réforme du secteur de l'électricité et d'amélioration du service".
Des arguments inaudibles dans un pays dont l'économie a été ravagée par la guerre, où une vaste part de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où le salaire minimum mensuel s'établit à 750.000 livres (63 euros).
Contacté par l'AFP, le ministère de l'Energie n'a pas donné suite.
- "Nous ne paierons pas!" -
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, le nouveau pouvoir islamiste dirigé par le président Ahmad al-Chareh promet régulièrement d'augmenter la production d'électricité dans le pays, où les coupures de courant peuvent durer jusqu'à 20 heures par jour.
Au cours de l'année 2025, les autorités de Damas ont signé des contrats et des accords pour importer du gaz depuis la Turquie et le Qatar. Elles espèrent également attirer les fonds et les investisseurs étrangers pour réhabiliter les infrastructures dévastées par la guerre.
La Banque Mondiale a chiffré à plus de 216 milliards de dollars le coût de la reconstruction en Syrie.
Les changements promis dans la vie de tous les jours se font attendre pour les Syriens.
Si les habitants de Damas reçoivent désormais en moyenne six heures d'électricité par jour, ceux qui vivent hors de la capitale restent majoritairement sans courant.
La hausse des prix "vise avant tout à empêcher l'effondrement financier du secteur de l'électricité", explique à l'AFP Mohamad Ahmad, économiste au centre de consultants Karam Shaar.
"Le coeur du problème n'est pas le prix en lui-même, mais plutôt l'érosion du pouvoir d'achat", ajoute-t-il, rappelant que nombre d'employés gagnent moins de 85 euros par mois.
Jeudi, quelques personnes se sont rassemblées devant le ministère de l'Energie pour protester contre la hausse des prix, scène inédite dans un pays où toute manifestation était proscrite sous Bachar al-Assad.
"Nous ne paierons pas", pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les protestataires.
L'un d'eux, Mohammed Daher, fonctionnaire à la retraite touchant une pension mensuelle de 52 euros, a expliqué à l'AFP qu'il y avait seulement deux heures d'électricité par jour à Tadamon, dans la banlieue de Damas.
Habitué à scrupuleusement se rationner à domicile, il s'est dit "choqué de découvrir une facture qui dépasse les 350.000 livres (26 euros)", quand elle était auparavant de moins de 2 dollars.
"Nous n'utilisons pas l'air conditionné, et cette année nous n'avons même pas utilisé la chaudière", raconte Sawsan Zakzak, une militante féministe de 65 ans brandissant une pancarte sur laquelle on peut lire: "l'électricité est un droit".
"Nous ne faisons plus que de regarder un tout petit peu la télévision", dit-elle.
Y.Baker--AT