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Des Américaines face à l'émiettement du travail
Serveuse, vendeuse, femme de ménage... Cindy Dionicio enchaîne les heures de travail fragmentées et les journées à rallonge. Comme elle, près de neuf millions de personnes cumulent plusieurs emplois aux Etats-Unis, souvent par nécessité.
Certains jours, détaille l'Américaine de 26 ans à l'AFP, "je me lève à 03H30 du matin, je travaille dans un café Dunkin' Donuts de 04H00 à 07H00, puis je dépose mon fils à l'école, je travaille ensuite dans un magasin (de maroquinerie, NLDR) de 09H00 à 13H00, je récupère mon fils, et enfin je nettoie un cabinet dentaire de 17H00 à 19H00".
Cette habitante du Delaware (côte est des Etats-Unis) vend aussi des prestations de ménage pour maisons et locations de vacances. Et commence à être rémunérée en tant qu'influenceuse sur les réseaux sociaux.
Sur la plateforme TikTok, ses vidéos sont vues par des dizaines de milliers de personnes, parfois plus. La jeune femme y raconte en accéléré son programme chargé, sans pathos et même avec une touche de glamour.
Cindy Dionicio dit ne pas regretter d'avoir renoncé à un seul (long) temps plein afin de préserver ses week-ends "pour aller à l'église et passer du temps en famille".
"Avec mon mari, explique-t-elle, on est en train d'épargner pour pouvoir faire construire une maison et ne plus habiter chez mes parents."
- "Très dur" -
Aux Etats-Unis, le taux de chômage reste faible (4,4%), mais le nombre de personnes jonglant entre plusieurs emplois a augmenté. Cela inclut les personnes assumant de front deux temps pleins (+58% sur un an en décembre).
Les chiffres pour janvier seront connus mercredi.
Le cumul d'activités est plus fréquent chez les femmes (6,1% de celles en âge de travailler) que chez les hommes (4,9%).
L'emploi se morcelle et le temps partiel subi augmente, "suggérant qu'un nombre croissant de travailleurs peinent à joindre les deux bouts", relevait récemment Michelle Bowman, une responsable de la banque centrale des Etats-Unis (Fed).
C'est le cas de Valeria, 59 ans, qui préfère taire son nom de famille.
Divorcée, elle n'est pas en mesure d'aider financièrement sa fille qui étudie à Prague.
"C'est très dur au quotidien entre les courses, l'assurance santé, l'assurance de la voiture, le prêt immobilier, les charges de copropriété, les factures d'électricité et de téléphone", énumère cette native de Buenos Aires, qui a la nationalité américaine depuis vingt ans et vit aux portes de Washington.
A la fin du mois, "il ne me reste rien, rien. Cent, parfois 300 dollars, pas assez pour épargner".
Ses revenus de conservatrice du patrimoine fluctuent au fil des missions confiées par des institutions et des particuliers. Il est aussi arrivé de travailler pour un supermarché haut de gamme - "ils paient très, très mal" - ou une chaîne de bricolage.
"Je ne peux pas me permettre de tomber malade, encore moins d'être hospitalisée, sinon je serais immédiatement sur la paille", s'inquiète Valeria, qui ne pense pas pouvoir prendre sa retraite avant une quinzaine d'années.
- Un choix, parfois -
Des recherches ont montré que certains travailleurs, surtout des jeunes, "font le choix d'avoir plusieurs emplois", remarque Laura Ullrich, économiste spécialiste de l'Amérique du Nord pour la plateforme de recrutement Indeed.
Mais, poursuit-elle auprès de l'AFP, "l'inflation de ces dernières années, l'augmentation du coût du logement... font sûrement que les questions de pouvoir d'achat pèsent dans la décision de certaines familles", au moment d'empiler les heures de travail.
Selon Valeria, le gouvernement de Donald Trump ne se soucie pas assez des "gens qui galèrent", mais ce n'était pas mieux sous le démocrate Joe Biden.
"Je me demande toujours: +Où est le rêve américain?+ Parce qu'on en est vraiment loin ces temps-ci."
M.White--AT