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Dans la bataille budgétaire aux Etats-Unis, un poker menteur sans vainqueur apparent
Après trois semaines de paralysie budgétaire, la bataille de communication aux Etats-Unis fait rage entre républicains et démocrates pour convaincre l'opinion publique du bien-fondé de leurs positions. Sans pour autant qu'un vainqueur n'émerge de manière évidente.
D'un côté, les démocrates affirment se battre contre Donald Trump et pour la santé des Américains. Au coeur de leur message, la question des subventions accordées dans le cadre de l'"Obamacare", un programme public d'assurance santé pour les ménages aux revenus modestes.
Alors que ces subventions doivent expirer à la fin de l'année, les démocrates ont fait d'une prolongation leur condition sine qua non à toute fin du "shutdown".
Le parti de Donald Trump dispose de la majorité aux deux chambres du Congrès, mais le règlement du Sénat fait que 60 voix sont nécessaires pour adopter un budget. Pour lever le blocage, les républicains doivent donc compter sur le soutien de plusieurs sénateurs démocrates.
Les questions de santé sont "un cri de ralliement" pour les démocrates depuis de nombreuses années, souligne Matthew Foster, professeur d'affaires publiques à l'American University, ce qui explique pourquoi ils ont décidé d'affronter Donald Trump sur ce thème, bien que les chances d'obtenir ce qu'ils réclament soient faibles.
"Le message qu'ils essaient de transmettre", observe Matthew Foster, "c'est: +regardez à quel point les républicains s'acharnent pour vous retirer vos subventions+".
- "Otage" -
De l'autre côté du fossé politique, la majorité présidentielle accuse l'opposition de nuire aux Américains en refusant de soutenir un budget pourtant similaire à celui adopté en mars.
Au début du "shutdown", les républicains martelaient également que les démocrates voulaient donner une partie des subventions aux immigrés clandestins. Une affirmation erronée, puisque la loi américaine interdit aux personnes en situation irrégulière de bénéficier des fonds fédéraux que les démocrates souhaitent débloquer.
Finalement, le parti de Donald Trump a peu à peu délaissé ces éléments de langage qui se sont usés au fil des jours, explique Peter Loge, professeur de communication politique à l'université George Washington.
"Les républicains sont aussi passés à un message plus général: +les démocrates tiennent l'Amérique en otage, les démocrates haïssent l'Amérique+", ajoute-t-il.
A cela s'ajoute une communication plus portée sur la procédure, puisqu'ils se lamentent régulièrement du fait que les démocrates utilisent le règlement du Sénat afin de bloquer le texte budgétaire.
Mais selon Matthew Foster, l'électeur moyen - celui qui compte pour décider des élections - "ne prête pas suffisamment attention pour connaître ces nuances". Et le message risque donc de tomber à plat.
D'après un sondage de l'université Quinnipiac paru mercredi, 45% des électeurs interrogés estiment que les républicains sont davantage à blâmer pour ce "shutdown", contre 39% qui pointent du doigt les démocrates.
- "Qui perdra le plus" -
"Les deux camps pensent qu'ils gagnent les débats et c'est pour cela que nous avons cette impasse où chacun attend que l'autre cède", explique Matthew Foster, pour qui cette paralysie budgétaire est déjà "historique".
Selon Peter Loge, "personne ne gagne les débats autour du +shutdown+ - la seule question, c'est qui perdra le plus".
L'impact dans les urnes reste ainsi à déterminer et "nous ne le connaîtrons pas avant un certain moment", précise-t-il.
Et si au moment des législatives de mi-mandat, en novembre 2026, les électeurs n'auront plus forcément en tête la paralysie budgétaire, une explosion potentielle des coûts d'assurance santé pourrait en revanche laisser des traces.
Mettre fin à l'impasse actuelle passera probablement par une intervention présidentielle, supputent de nombreux observateurs.
Donald Trump "ne veut pas se salir, et les sondages montrent que les gens ne le tiennent pas encore vraiment pour responsable", souligne Matthew Foster. Mais si l'économie opère un revirement, ajoute-t-il, "cela pourrait changer radicalement".
En attendant, avance Peter Loge, "les deux camps accusent l'autre de détruire l'Amérique".
"Et s'ils ne font pas attention, les deux auront raison."
J.Gomez--AT