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Procès RN: l'heure des réquisitions pour Marine Le Pen, qui joue une quatrième candidature à l'Elysée
Les réquisitions du parquet général contre Marine Le Pen, le RN et dix cadres du parti sont attendues mardi après-midi au procès en appel à Paris des assistants parlementaires européens du Front national, où la leader d'extrême droite joue sa candidature à la présidentielle de 2027.
Après onze jours de débats, les deux avocats généraux ont prévu près de six heures pour, sauf surprise, démontrer la culpabilité des mis en cause de détournement de fonds publics entre 2004 et 2016. En l'espèce, les enveloppes du Parlement européen pour rémunérer les assistants des eurodéputés du Front national (devenu Rassemblement national) dont l'activité n'aurait été qu'au seul bénéfice du parti.
Les deux représentants de l'accusation, Stéphane Madoz-Blanchet et Thierry Ramonatxo, auront ensuite à réclamer des peines à l'endroit de chacun des prévenus.
Le 31 mars, le tribunal correctionnel a condamné Marine Le Pen à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme et 100.000 euros d'amende, et surtout à cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate.
La cheffe de file de l'extrême droite pourrait concourir à l'élection présidentielle de 2027 à la condition qu'une éventuelle peine d'inéligibilité prononcée contre elle soit inférieure à deux ans et que la cour d'appel, qui rendra sa décision "d'ici l'été", ne la condamne pas au port d'un bracelet électronique, perçu comme incompatible avec la possibilité de mener une campagne.
- "Grand désordre" -
Dans la manche des deux représentants de l'accusation, un dossier qui a mis au jour l'indigence des preuves du travail que les assistants auraient effectué pour leurs élus, par ailleurs lesté de correspondances équivoques, voire accablantes. Marine Le Pen le considère "déséquilibré".
Les débats sur le fond, achevés lundi, ont confirmé le fonctionnement pour le moins chaotique du parti et de ses eurodéputés vis-à-vis de ces "assistants".
Premier à déposer à la barre il y a trois semaines, l'ancien élu Fernand Le Rachinel a expliqué que ces collaborateurs "travaillaient vraiment, mais pas dans les bonnes cases", et que c'était Jean-Marie Le Pen, président du parti jusqu'à ce que sa fille Marine lui succède en 2011, "qui décidait".
Puis l'eurodéputé Nicolas Bay, qui a "reconnu" que son assistant, Timothée Houssin, l'a "aidé" dans ses "activités politiques nationales"; ou le député Julien Odoul, qui a admis "ne pas avoir travaillé" les premiers mois de mandat pour l'eurodéputée Mylène Troszczynski dont il était supposément l'assistant.
Le maire de Perpignan Louis Aliot a lui fait état d'un "grand désordre" dans le parti à l'époque des faits, quand Bruno Gollnisch a consenti qu'il y avait à redire sur cette "organisation" - mais pas "un système", "ça fait délictueux".
- "Pas volontaire" -
Marine Le Pen a pour sa part dès l'entame du procès contesté toute "intention" de commettre une infraction, protestant de sa "bonne foi" et mettant au passage en cause "l'administration du Parlement européen", selon elle "beaucoup plus coulante" à l'époque, que ce qu'elle est aujourd'hui.
Le 21 janvier, à l'issue de son interrogatoire de treize heures commencé la veille, elle avait résumé: "Est-ce que c'était lié à la désorganisation (du parti)? Peut-être. Est-ce que les uns et les autres ont eu le sentiment de commettre un délit? Je suis convaincue que non. Est-ce que le parti a commis un délit de manière intentionnelle? Je crois que non", et s'"il y a des assistants qui ont fait bénéficier leur force de travail au parti, je ne dis pas que c'était volontaire de leur part".
Mais depuis, la leader d'extrême droite s'interroge sur sa capacité à avoir "cranté", c'est-à-dire imprimé sa marque lors de ce procès. Singulièrement vis-à-vis de ces deux avocats généraux, certes à la courtoisie égale et la parole économe, mais dont elle doute qu'elles emporteront mansuétude.
La triple candidate malheureuse à la présidentielle a assuré qu'elle assisterait aux réquisitions, de même qu'aux plaidoiries des avocats du Parlement européen, mardi matin. "Je boirai le calice jusqu'à la lie", a-t-elle soufflé lundi à plusieurs journalistes.
Elle n'entend en revanche pas reprendre la parole d'ici la fin du procès, le 12 février, après les plaidoiries de la défense.
M.Robinson--AT