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Kendrick Lamar, le triomphe d'un rap populaire et conscient
Sacré pour la deuxième année consécutive aux Grammy Awards, Kendrick Lamar, figure majeure de la culture afro-américaine contemporaine, s'impose à 38 ans au sommet de l'industrie musicale, avec un rap à la fois populaire et exigeant.
Le rappeur a empoché cinq prix comme l'an dernier, dont l'enregistrement de l'année récompensant la production de "luther", en duo avec la chanteuse américaine de R&B SZA.
Né en 1987 à Compton, ville pauvre de la banlieue sud de Los Angeles, le Californien a commencé à publier de la musique dès le lycée, influencé par ce rap de la côte ouest dont il est fan, aux sonorités funk et paroles crues: Tupac Shakur, Dr Dre, Snoop Dogg.
Après de nombreuses collaborations, mixtapes et tournées avec d'autres rappeurs de la région sous le nom d'artiste K-Dot, il sort plusieurs morceaux sous sa véritable identité, puis un premier album en 2011, "Section.80", qui remporte un joli succès public et critique.
Mais c'est son deuxième disque un an plus tard, "Good Kid, M.A.A.D City", qui propulse l'autoproclamé "petit gars" (entre 1,65 et 1,68 m, selon les sources) au rang de superstar du genre.
Tout au long de cet album-récit d'une heure et huit minutes, très abouti musicalement, on suit le parcours d'un adolescent noir navigant entre violence ordinaire, tentations variées, pression des gangs et quête de rédemption.
Le style est cinématographique, chaque morceau est une scène.
- Prix Pulitzer -
Avec ce disque, Kendrick Lamar montre qu'il est "l'un des artistes les plus importants de la culture" hip-hop, juge auprès de l'AFP Timothy Welbeck, professeur d'études afro-américaines à l'Université Temple, à Philadelphie.
Capable à la fois d'égaler les plus grands, techniquement et musicalement, tout en racontant son histoire "d'une manière captivante" et "qui résonne auprès du public", ajoute celui qui a dirigé un cours sur l'artiste.
Les albums qui suivront le verront incorporer plus de jazz, de soul et de funk. Et approfondir encore son introspection: il parle de la dépression qu'il a traversée après le succès, de son rapport douloureux à la masculinité, des abus sexuels dans sa famille.
En 2018, il devient le premier rappeur à recevoir le prix Pulitzer dans la catégorie musique, pour son album "Damn". Le jury salue "une collection de morceaux virtuoses" proposant "des vignettes saisissantes capturant la complexité de la vie afro-américaine contemporaine".
En 2024, sa longue confrontation par titres interposés avec le rappeur canadien Drake débouche sur un hit inattendu, "Not Like Us", morceau accrocheur et festif.
- Tournée record -
Jouant avec les clichés du genre, Kendrick Lamar accuse son rival des pires vilénies, notamment d'être un pédocriminel, ce dont ce dernier n'a jamais été accusé. Mais surtout d'incarner un rap industriel et mondialisé, dénué de toute authenticité. Le titre fait mouche et devient un tube.
Au sommet de sa gloire, il chantera ce morceau sur scène à la mi-temps du Super Bowl, dont il est la star en 2025, dans une mise en scène multipliant les clins d'œils à la communauté noire américaine et à sa culture, son histoire, comme il le fait régulièrement dans ses clips.
La tournée mondiale qui a suivi avec la chanteuse SZA a rapporté près de 358 millions de dollars, selon le magazine Forbes, avec plus de 1,5 million de billets vendus, soit l'une des plus lucratives de l'histoire.
En couple avec Whitney Alford depuis le lycée, ce père de deux enfants verrouille totalement sa vie privée. Ses interviews sont rarissimes, extrêmement cadrées, comme ses apparitions publiques. Il ne commente pas l'actualité et n'est le porte-voix politique de personne.
Il a "souvent répété que ce n'était pas forcément son rôle de jouer le politicien", souligne Timothy Welbeck, mais que "sa façon de provoquer le changement consiste à amener les gens à réfléchir à des sujets difficiles et à remettre en question leur façon de voir le monde".
H.Romero--AT