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Le général Zhang Youxia, ou la chute d'un "prince rouge" chinois
L'éviction soudaine de Zhang Youxia confirme que personne n'est à l'abri de la purge opérée par le président Xi Jinping depuis son accession au pouvoir. Pas même le plus puissant général de Chine.
Figure connue du public, il n'est pas seulement premier vice-président de la Commission militaire centrale (CMC), organe qui dirige l'armée et que préside Xi Jinping. Il était aussi présumé proche du président.
Zhang Youxia, 75 ans, est sous le coup d'une enquête pour "graves violations de la discipline et de la loi", a annoncé fin janvier le ministère de la Défense en employant un euphémisme courant pour parler de corruption.
De telles enquêtes sont presque toujours synonymes de mise à l'écart.
Officier à la carrure imposante, au front dégagé et à la mâchoire carrée, Zhang Youxia apparaissait encore en décembre, comme fréquemment auparavant, sur la photo au côté du chef de l'Etat lors d'une cérémonie.
Il avait survécu jusqu'à présent à différents coups de balai subis par la CMC.
Un autre membre de la Commission militaire, le général Liu Zhenli, est lui aussi visé par les investigations. Et sur les sept membres de 2022, seuls deux ne sont pas tombés - dont Xi Jinping lui-même.
La relation de Zhang Youxia avec l'armée remonte à loin.
Il est né en 1950, peu après la proclamation de la République populaire de Chine, dans une famille de militaires, avec un père considéré comme un des "généraux fondateurs" de la RPC.
- "Parler aux étrangers" -
Ce père, Zhang Zongxun, a servi aux côtés du père de Xi Jinping parmi les combattants communistes luttant contre les nationalistes dans le nord-ouest du pays.
Zhang Youxia a pu communément être qualifié, comme le président chinois, de "prince rouge", ces enfants de dirigeants révolutionnaires occupant les plus hautes fonctions.
Il a rejoint l'armée à 18 ans.
Zhang Youxia était d'abord basé dans un régiment de la province du Yunnan (sud-ouest), frontalière de la Birmanie, du Laos et du Vietnam. Il a participé à la guerre sino-vietnamienne de 1979, le dernier conflit majeur dans lequel ait été engagée l'armée nationale. Il y a fait l'expérience du combat.
Il a ensuite été muté dans le nord, est devenu commandant de région militaire, et été promu général en 2011 avant d'être chargé de l'acquisition et du développement des armes et des équipements.
Zhang Youxia a été nommé à la CMC en 2012, quand Xi Jinping en est devenu le président après son accession au sommet du Parti communiste.
Il dégageait "une aura de compétence", a dit de lui un ex-officiel militaire américain, Drew Thompson, durant la visite d'une délégation chinoise aux Etats-Unis en 2012.
Les officiers "se levaient plus vite et se tenaient plus droit quand il entrait dans la pièce", a écrit M. Thompson sur la plateforme Substack. "Il n'hésitait pas à parler aux étrangers".
- Ami d'enfance? -
En 2017, il a été promu à l'un des postes de vice-président de la CMC et a intégré le Politburo, le groupe d'une vingtaine de hauts dirigeants du Parti. Il est devenu premier vice-président de la Commission en 2022.
Sa proximité avec Xi Jinping et la possibilité qu'ils auraient été amis d'enfance reste un sujet de conjectures. On sait "peu de choses" sur leurs relations, nuance Neil Thomas, spécialiste des élites chinoises à l'Asia Society.
Les deux hommes n'ont travaillé ensemble que tard dans leur carrière.
Cependant, Xi Jinping a supervisé l'ascension de Zhang Youxia, ce qui "montre clairement que Xi le considérait comme un collègue de confiance", estime M. Thomas.
Selon des analystes, le général était dans le collimateur depuis un moment, notamment lors de la chute de l'ex-ministre de la Défense Li Shangfu - déchu en 2023.
Comme lui, il supervisait les achats de matériel miliaire, un secteur notoirement touché par la corruption.
Le ministère de la Défense n'a pas précisé les raisons de l'ouverture de l'enquête visant Zhang Youxia et l'autre général.
Mais le quotidien de l'armée les a accusés d'être "corrompus" et d'avoir "gravement bafoué et sapé le système de responsabilité ultime qui incombe au président de la CMC". En clair, d'avoir manqué de loyauté à Xi Jinping.
Ch.Campbell--AT