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Enseignante poignardée en classe: le collégien explique qu'il avait "trop de haine"
Le collégien qui a gravement poignardé mardi une enseignante en classe à Sanary-sur-Mer, dont l'état est toujours préoccupant, a expliqué en garde à vue avoir pris un couteau dans sa cuisine car il avait "trop de haine", reprochant à sa professeure "plusieurs incidents".
Au cours de sa première audition, il a immédiatement reconnu avoir prémédité son agression: il reprochait à cette professeure d'arts plastiques "d'avoir inscrit plusieurs incidents le concernant sur l'application Pronote", le logiciel de la vie scolaire, ce qu'il jugeait "injuste", a affirmé le procureur de Toulon, Raphaël Balland, dans un communiqué.
Mardi matin, il avait donc pris un couteau dans sa cuisine car "il fallait qu'il le fasse, parce qu'il avait +trop de haine+. Il reconnaissait lui avoir porté quatre coups de couteau" en pleine classe devant une vingtaine d'autres élèves, a ajouté le magistrat qui a demandé son placement en détention provisoire. Il doit désormais être présenté devant le tribunal qui décidera.
L'état de santé de sa victime, âgée de 60 ans et qui officiait depuis 28 ans au collège La Guicharde est "toujours préoccupant", après une "première intervention chirurgicale" mardi à l'hôpital Sainte-Anne de Toulon, selon le procureur.
Sa haine de départ s'est transformée en "une grosse haine" envers lui-même et, après l'agression, il a expliqué aux enquêteurs avoir "pleuré toutes les larmes de son corps", se portant des coups.
A ce stade de l'enquête, se dessine le profil d'un jeune adepte des jeux vidéos qu'il dit consommer "pas plus d'une à deux heures par jour", qui a dans sa chambre plusieurs armes blanches car il trouve cela "stylé", qui ne pratique pas de religion.
Il a redit qu'il n'avait jamais été victime de violences de la part de ses parents. Un signalement avait été effectué en mars par le collège à la suite de suspicions de violences commises par les parents sur sa jeune soeur. L'enquête avait été classée sans suite mais une mesure d'assistance éducative avait été ordonnée en septembre.
Un rendez-vous avec les services de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) devait avoir lieu le 5 février, selon le ministre de la Justice Gérald Darmanin interrogé sur RTL. Mais "quatre mois pour avoir rendez-vous avec la PJJ (...) c'est trop long", a-t-il admis.
Au collège mercredi matin, les cours étaient suspendus et des cellules psychologiques avaient été mises en place pour élèves et enseignants.
- Comment "éradiquer ce fléau" ? -
Grosse doudoune noire, ce collégien de 5e est venu prendre conseil. "A mes parents, je leur ai dit que je ne me sentais vraiment pas bien depuis que j'ai vu que ma prof s'est fait poignarder, qu'elle est en sang dans la salle, et que maintenant, je suis traumatisé", a-t-il expliqué à l'AFP.
"Je me sens déjà éventuellement mieux grâce à la cellule, mais j'ai toujours mon cerveau qui me remet les images en tête", a-t-il témoigné en sortant de cet établissement de 500 élèves, réputé calme, situé sur une avenue bordée d'oliviers, parsemée de petits pavillons.
Le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, arrivé dès mardi soir et qui a passé la matinée avec l'équipe du collège avant de repartir, s'est dit mercredi matin "très ému et puis très en colère aussi parce que ce n'est pas acceptable".
Il a insisté sur la nécessité de travailler "collectivement et sans idéologie, sans instrumentalisation, à une réponse qui nous permette d'éradiquer ce fléau de la violence interpersonnelle".
"Il y a vraiment la nécessité d'une politique éducative ambitieuse, parce qu'on sait que le traitement de ces situations ne pourra pas se réduire à des réponses uniquement sécuritaires", avait déclaré mardi soir à l'AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collèges et lycées.
Ces derniers mois, une série d'agressions au couteau a secoué la communauté éducative: en septembre, une enseignante avait été agressée dans un collège de Benfeld (Bas-Rhin) et à Antibes (Alpes-Maritimes) un ancien élève avait blessé au couteau un élève ainsi qu'une professeure dans un lycée horticole.
En juin, une surveillante avait été tuée à Nogent (Haute-Marne) par un adolescent de 14 ans lors d'une fouille de sac par des policiers. En avril, un lycéen a tué une adolescente de 15 ans à Nantes.
tgg-san-slb-dac/dac/as
Ch.Campbell--AT