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En Thaïlande, le parti favori des jeunes craint d'être à nouveau écarté du pouvoir
A l'approche des législatives de dimanche en Thaïlande, le Parti du peuple caracole en tête des sondages mais beaucoup de ses jeunes partisans doutent qu'il puisse réellement accéder au pouvoir.
Avec son programme promettant des réformes d'inspiration libérale dans un pays corseté par une oligarchie, la formation séduit une large part de la jeunesse.
"Je veux que de nouveaux politiciens qui n'ont jamais eu l'occasion de diriger le pays aient cette chance", explique Napat Sinakasa, un développeur de logiciels de 23 ans, rencontré lors d'un récent meeting.
Mais malgré une avance d'environ 11% sur le parti au pouvoir Bhumjaithai (Fierté thaïe) dans le dernier sondage en date, réalisé par l'institut Nida, même les cadres du Parti du peuple doutent.
"Ils ne nous laisseront pas facilement former le gouvernement ou accéder au pouvoir", estime auprès de l'AFP l'ex-députée Rukchanok Srinork, 31 ans.
Le souvenir des législatives de 2023 reste cuisant, quand le mouvement réformiste Move forward ("Aller de l'avant"), dont le parti est l'héritier, avait remporté le scrutin à la surprise générale.
Move Forward avait alors conclu un accord de coalition avec le Pheu Thai, parti historiquement lié à la famille Shinawatra, longtemps dominant mais alors affaibli.
Mais les sénateurs conservateurs nommés par l'armée avaient empêché le mouvement réformiste de former un gouvernement, bloquant l'accession de son leader Pita Limjaroenrat au poste de Premier ministre.
Ce dernier a dans la foulée été banni de la vie politique pour dix ans par la Cour constitutionnelle, qui a également dissous Move Forward.
Des mois de manifestations ont suivi à Bangkok, portées par une jeunesse exigeant transparence et réformes... et dont les principales figures ont à leur tour été condamnées pour crime de lèse-majesté, en vertu d'une législation particulièrement stricte.
Un scénario dont Rukchanok Srinork et de nombreux autres militants redoutent qu'il ne se répète, tant les forces conservatrices restent puissantes.
"Ce ne serait pas surprenant qu'ils fassent tout pour nous bloquer" à nouveau, estime l'ancienne députée.
Mais la popularité des idées demeure, notamment la volonté de réduire la puissance de l'armée au sein de la société: la moitié des 18-35 ans soutiennent le Parti du peuple, selon le sondage Nida.
Une ferveur soigneusement alimentée: avec son contenu dynamique et ludique, le compte TikTok de la formation enregistre plus d'un demi-million d'abonnés, dépassant de loin les 38.000 abonnés du Bhumjaithai.
- "Continuer de croire" -
Cette fois-ci, "aucune action en justice ne viendra nous détruire", a assuré pendant la campagne électorale le principal candidat du PP au poste de Premier ministre, Natthaphong Ruengpanyawut.
"Les gens croient toujours en leur pouvoir" malgré les dissolutions et condamnations, a-t-il assuré à l'AFP entre deux selfies avec ses partisans.
Désormais, les sénateurs nommés par l'armée qui avaient bloqué le parti réformiste n'interviennent plus dans le vote du Premier ministre, qui se fait uniquement à la Chambre basse.
Mais l'épée de Damoclès de la loi sur le crime de lèse-majesté est toujours là, et plusieurs cadres du parti font l'objet d'accusations qui pourraient leur valoir d'être bannis à leur tour de la vie politique.
"Ainsi la question se pose: devons-nous vraiment voter pour ce parti? Car si nous votons pour eux et qu'ils ne parviennent pas à former un gouvernement nous allons perdre nos voix", estime la politologue Punchada Sirivunnabood, de l'université Mahidol de Bangkok.
Il n'est en effet pas exclu que le Bhumjaithai du Premier ministre sortant Anutin Charnvirakul, donné deuxième ce week-end, forme une coalition avec le Pheu Thai, probable troisième, au détriment du Parti du peuple.
Un scénario que redoute Patcharee Phadungsuksira, 26 ans. "Je me sens parfois un peu découragée. Mais je continue de croire qu'un jour, ce sera notre tour", dit cette jeune électrice.
M.O.Allen--AT