Arizona Tribune - Droits TV, départ de Tavernost, le foot pro en plein marasme

Euronext
AEX -2.06% 988.03
BEL20 0.57% 5626.04
PX1 0.33% 8340.56
ISEQ -0.07% 13065.81
OSEBX 0.54% 1838.06 kr
PSI20 -0.49% 9025.65
ENTEC -0.41% 1416.23
BIOTK 1.11% 4091.36
N150 -0.45% 4047.16
Droits TV, départ de Tavernost, le foot pro en plein marasme
Droits TV, départ de Tavernost, le foot pro en plein marasme / Photo: Franck FIFE - AFP/Archives

Droits TV, départ de Tavernost, le foot pro en plein marasme

La non-attribution des droits de diffusion du Mondial-2026 à Ligue 1+ au profit de beIN Sports a remis au grand jour la crise dans laquelle le football professionnel français est englué depuis des années.

Taille du texte:

L'omnipotence de Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris SG mais aussi de beIN Media Group, maison mère de beIN France, cristallise les tensions, accentuées par la menace de démission de Nicolas Tavernost, le patron de LFP Media, la filiale commerciale de la Ligue de football professionnel.

. Al-Khelaïfi, double casquette et porteur de chapeau

Homme fort du PSG, champion d'Europe et de France en titre, patron de beIN Media Group, président de l'EFC, l'association européenne des clubs: Nasser Al-Khelaïfi, avec ses multiples casquettes, est devenu un personnage central du football français. De quoi éveiller les soupçons de conflits d'intérêts.

Aucune décision n'a de chance d'aboutir concrètement si elle n'a pas l'assentiment de l'incontournable dirigeant qatarien, qui agace autant qu'il fascine et peut faire peur. Les critiques à son endroit sont éparses et émises sous couvert d'anonymat par de rares voies discordantes au sein de la Ligue.

Par deux fois, via beIN Sports, "NAK" a paru jouer les trouble-fête dans des opérations commerciales de très grande importance pour la Ligue de football professionnel.

Quand Vincent Labrune, le président de la LFP, considéré comme un proche du président du PSG, a espéré conclure un deal avec la chaîne pour sauver la Ligue 1 en mal de diffuseur, cela s'est soldé par un échec qui a laissé les clubs exsangues financièrement, hormis le PSG financé par le fonds qatarien QSI.

Et voilà que beIN vient de doubler in extremis LFP Media et sa chaîne Ligue 1+ lors des négociations avec la Fifa pour la diffusion de l'intégralité des matches du Mondial-2026.

Une source proche du dossier a indiqué jeudi à l'AFP que Nasser Al-Khelaifi n'avait "absolument pas été impliqué" dans la procédure. Mais ce dénouement surprise a provoqué une véritable tempête au sein de la Ligue, où il est difficile de ne pas voir la main d'Al-Khelaifi un peu partout.

Sur quoi, Nicolas de Tavernost, directeur général de LFP Media, a donc menacé de jeter l'éponge, expliquant ne "plus être en mesure de continuer (s)a mission", pointant du doigt la responsabilité d'Al-Khelaïfi, également membre du Conseil d'administration de la Ligue.

. Une PPL vite

En mai 2025, Philippe Diallo, président de la Fédération française (FFF), avait proposé avec autorité une réforme de la gouvernance du football professionnel en planchant, avec les dirigeants de la LFP, sur la création d'une "société des clubs" en lieu et place de la Ligue actuelle, dans le sillage d'une proposition de loi des sénateurs Laurent Lafon et Michel Savin.

Cette "société des clubs" ne serait plus dirigée par un président élu mais par "un directoire de trois ou quatre manageurs indépendants, sans lien avec les clubs pour éviter les conflits d’intérêts", expliquait M. Diallo lors de la présentation de son projet.

Image dégradée, baisse drastique des droits TV, piratage, déficit des clubs estimé entre 1,2 et 1,3 milliard d'euros par la DNCG, le gendarme financier de la Ligue... les urgences ne manquent pas pour le secteur professionnel.

Problème: si tous les acteurs du monde pro s'accordent sur la nécessité de cette réforme, des points d'achoppement existent toujours entre la Fédération, la Ligue et les représentants des clubs qui ne permettent pas de présenter un projet consensuel aux députés français.

Votée à la quasi-unanimité en juin par la chambre haute, cette "PPL" doit par ailleurs trouver un créneau dans l'agenda déjà bien rempli de l'Assemblée Nationale.

La date du 6 avril pour son examen, souhaitée par les clubs, semble impossible à tenir. La fenêtre de juin après les élections municipales est aussi ambitieuse. Quand la réforme pourra-t-elle être votée? Personne n'est encore en mesure de le dire.

. Et Canal+ ?

Le début des maux du football professionnel français date de 2021 et du conflit avec Canal+, son diffuseur historique, après l'attribution des droits TV de la Ligue 1 à Amazon pour pallier la défaillance de l'opérateur sino-espagnol Mediapro.

De nombreux présidents de clubs espèrent toujours une réconciliation avec la chaine cryptée. Mais celle-ci, s'estimant lésée par la LFP, n'a renoncé à aucune de ses actions en justice contre l'instance et s'est détournée du football français pour se consacrer aux compétitions européennes, notamment la prestigieuse Ligue des champions.

En avril 2025, l'arrivée à la tête de LFP Media de Nicolas de Tavernost avait suscité beaucoup d'espoirs pour résoudre ce conflit. Mais l'ancien patron de M6 n'est pas parvenu à amadouer Maxime Saada, le patron de Canal+, qui a depuis conservé l'intégralité des droits TV des Coupes d'Europe pour le territoire français, pour la période 2027-2031.

De quoi laisser le football professionnel français à son triste sort.

A.O.Scott--AT