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En Hongrie, la vague citoyenne de Tisza "déferle" à l'approche des élections
A l'approche des législatives du 12 avril en Hongrie, les partisans de Peter Magyar à Jaszfenyszaru, dans le centre du pays, veulent croire à la victoire de leur champion face au Premier ministre nationaliste Viktor Orban omniprésent dans les médias.
Scène inimaginable il y a encore quelques mois dans cette ville de 6.000 habitants où le Fidesz, la formation du Premier ministre nationaliste règne sans partage depuis 16 ans, des militants du parti de l'opposition Tisza tiennent des stands.
"Tisza déferle", lance un cycliste en passant devant eux, dans un jeu de mot avec la rivière du même nom qui parcourt le pays du nord au sud.
Krisztina Menczel confie que c'est la première fois qu'elle s'engage en politique, et qu'elle a été séduite par le charisme et les arguments de Peter Magyar, qui a ressuscité le mouvement en 2024 et venu en août à Jaszfenyszaru, dans le cadre d'une tournée nationale.
Depuis, cette esthéticienne de 41 ans passe trois heures par jour à diffuser son programme, tout en gérant les réseaux sociaux localement.
"Ces stands ont un gros impact, même ceux qui n'oseraient jamais dévoiler leurs préférences politiques acceptent de nous parler", dit-elle.
Homme du sérail, Peter Magyar, 45 ans, a pris les rênes de l'opposition après avoir critiqué début 2024 le système Orban, dans le sillage d'un scandale retentissant de grâce accordée dans une affaire de pédocriminalité. Depuis il n'a de cesse de dénoncer la corruption du pouvoir et l'abandon des services publics.
Ce scandale a constitué un "point de bascule" pour les Hongrois déjà mécontents de la situation économique, beaucoup "ont compris qu'ils en avaient assez du système Orban", selon Zoltan Lakner, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Jelen.
Alors que le Fidesz a recouvert le pays de panneaux de campagne géants, Tisza demande à ses sympathisants d’accrocher des affiches sur leur maison et les devantures des magasins.
Et au lieu de créer des permanences traditionnelles, Peter Magyar s'appuie sur un maillage associatif, baptisés "îlots Tisza" chargés d'animer sa campagne.
- "Révolution des entrepreneurs" -
Une stratégie qui produit ses fruits y compris au cœur même de la base électorale rurale, âgée et peu diplômée de Viktor Orban.
Avec ses 4.000 "îlots Tisza", l'opposition irrigue des terres que l'opposition avait abandonnées.
Ils ont d'abord organisé des événements communautaires locaux - collectes caritatives, barbecues, débats politiques afin de recréer du lien - avant de passer à une campagne à plein temps.
La clé du succès de ces événements a été l'implication des patrons de petites et moyennes entreprises, selon M. Lakner, qui décrit le mouvement comme une "révolution des entrepreneurs". Car ils "sont l'ossature de ces associations". Ils ont mis leur savoir-faire au service du projet dans une démarche "pragmatique avant d'être idéologique", dans le but surtout de "retrouver un pays qui fonctionne", selon lui.
C'est dans ce vivier de professionnels respectés localement que les candidats de Tisza aux législatives ont été choisis lors d'une primaire organisée en novembre.
"Cela leur confère de la crédibilité, compte tenu du profond désenchantement vis-à-vis des politiciens de carrière", déclare à l'AFP Bulcsu Zsiga, chercheur au centre de réflexion Center for Fair Political Analysis, établissant un parallèle avec le processus de recrutement du mouvement En Marche du président français Emmanuel Macron.
Mais leur inexpérience politique comporte un "danger" que Tisza "cherche clairement à atténuer", prévient l'expert, citant l'attitude très critiquée du parti consistant à restreindre l'accès des médias à ses candidats.
Dans la campagne hongroise, le militantisme peut se payer au prix fort. Krisztina Menczel en a fait les frais: une proche parente du député Fidesz local a cessé de fréquenter son salon depuis qu'elle milite.
Une commerçante, Eszter Somfai, a vu son adresse diffusée en ligne après la fuite en novembre d'une base de données interne au parti, qui a touché quelque 200.000 sympathisants.
"Mais nous n'allons pas nous laisser intimider", dit Krisztina Menczel à l'AFP, ajoutant avoir "le sentiment qu'ici, les gens s'ouvrent de plus en plus. Si tout se déroule équitablement, alors nous serons victorieux."
R.Garcia--AT