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Bolivie: armée et police débloquent les routes après la déclaration de l'état d'exception
La police et l'armée ont commencé samedi à lever dans le calme les barrages routiers qui paralysent la Bolivie depuis plus de six semaines, quelques heures après l'entrée en vigueur de l'état d'exception décrété par le président Rodrigo Paz.
Ce régime, d'une durée de 90 jours, autorise l'armée à appuyer la police et interdit les barrages routiers mis en place par une vaste coalition de syndicats, groupes indigènes et cultivateurs de coca opposés au gouvernement.
Il intervient après la signature vendredi soir d'un accord avec la principale centrale syndicale du pays, qui a annoncé la levée des mesures de pression. D'autres organisations ont cependant annoncé le maintien du mouvement.
Peu après la signature, M. Paz a annoncé avoir décrété l'état d'exception "après avoir épuisé toutes les voies du dialogue, conclu des accords avec ceux dont les revendications étaient légitimes et identifié ceux qui utilisaient la violence pour tenter de déstabiliser la Bolivie".
Début mai, la Centrale ouvrière bolivienne (COB) avait lancé le mouvement de protestation contre la crise économique, la plus grave depuis plus de 40 ans dans le pays.
Les paysans et les ouvriers des usines et des mines l'ont progressivement rejoint, rejetant les réformes du président de centre droit arrivé au pouvoir en novembre, après 20 ans de gouvernements socialistes.
- Barrages "fantômes" -
A El Alto, près de La Paz (ouest), un convoi de véhicules de la police, rejoint par des blindés de l'armée, procédait au dégagement des routes à l'aide d'engins de chantier.
Le ministre de la Défense Ernesto Justiniano a évoqué une opération de nettoyage de "barrages fantômes", composés de monticules de terre et de pierres. "Il n'y a eu aucun type de résistance", a-t-il dit.
Au passage des forces de l'ordre, certains habitants applaudissaient, a constaté l'AFP. Carla Butron, une commerçante de 39 ans, a dit ressentir "beaucoup de bonheur, beaucoup de paix", expliquant ne pas avoir pu travailler depuis le début des blocages.
Bloqué depuis plus de 50 jours, le chauffeur routier Erlans Richard Segovia, 49 ans, a dit espérer pouvoir enfin repartir. "On nous a abandonnés sur la route, nous avons dû attendre. Maintenant, nous voyons que la circulation commence à se normaliser", a-t-il déclaré.
Mais d'autres habitants étaient en colère. "Je veux qu'il démissionne une bonne fois pour toutes, que Rodrigo (Paz) s'en aille. Nous n'allons pas rester silencieux (...), nous allons descendre dans la rue", a affirmé Eugenia Flores, une femme aymara de 40 ans, des larmes dans les yeux en regardant les forces de l'ordre déblayer la route.
L'armée et la police étaient également déployées à Cochabamba (centre), a constaté l'AFP.
Les barrages routiers ont entraîné des pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant notamment à La Paz, siège du gouvernement. Leur nombre est tombé à 34 samedi soir, après avoir dépassé la centaine au plus fort de la crise.
Tous les secteurs mobilisés n'ont cependant pas adhéré à l'accord signé avec la COB, notamment des groupes de paysans et les cultivateurs de coca du Chapare, le fief de l'ancien président Evo Morales (2006-2019) dans le centre du pays.
"Les frères indigènes se sont sentis trahis" par la COB, a déclaré à la chaîne Unitel le dirigeant d'un des principaux syndicats de paysans, Antonio Mallku.
- Evo Morales dans le viseur -
Le président Paz a averti que les personnes poursuivant les blocages ou recourant à la violence s'exposeraient à "toute la rigueur de la loi". Il a justifié l'état d'exception en dénonçant une "tentative de coup d'Etat menée par le narcoterrorisme".
Le gouvernement accuse Evo Morales, visé par un mandat d'arrêt dans une affaire présumée de traite de mineure - une accusation qu'il rejette - d'avoir encouragé la contestation.
Le dirigeant indigène et ancien cultivateur de coca est réfugié depuis deux ans dans le Chapare, protégé par ses partisans.
Interrogé sur une éventuelle intervention des forces de l'ordre dans le Chapare, le ministre de l'Intérieur Marco Antonio Oviedo a déclaré: "S'il faut y entrer, nous y entrerons".
P.A.Mendoza--AT