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Novi Sad, un an après: les 365 jours qui ont bouleversé la Serbie
Depuis un an, la Serbie est secouée par des manifestations comme le pays n'en avait pas vues depuis des décennies. Etudiants en tête, des dizaines, parfois des centaines de milliers de personnes réclament Etat de droit, justice et fin de la corruption. Voilà le récit de l'année qui a mis la jeunesse dans la rue.
Novi Sad, deuxième ville de Serbie, vendredi 1er novembre. Les voyageurs se pressent à la gare, bâtiment brutaliste des années 1960 qui vient d'être rénové, certains s'assoient sur les bancs abrités par l'auvent en béton. A 11H52, l'auvent s'écroule.
Quatorze personnes meurent sur le coup, dont deux enfants de 6 et 9 ans, et deux blessés décéderont plus tard, portant le bilan à 16 morts.
Rapidement, l'émotion laisse place à la colère. Pourquoi cet accident alors que le bâtiment venait d'être rénové à grands frais?
La colère a jailli et une partie des Serbes voient dans l'accident de Novi Sad le symbole de la corruption qui gangrène selon eux les travaux publics.
Les grands projets immobiliers, comme celui de la gare, bénéficient de législations spéciales qui permettent de "couvrir les dérogations aux règles générales, notamment les réglementations sur les marchés publics", a ainsi mis en garde l'ONG Transparency International.
Dès le 3 novembre, un millier de citoyens manifestent à Belgrade. Ils demandent justice et la démission du ministre des Transports, Goran Vesic. Certains se sont peint les mains en rouge pour montrer que "la corruption tue" - ce slogan et ces paumes ensanglantées deviendront vite les symboles du mouvement.
A Novi Sad, les travaux avaient été confiés à un conglomérat chinois et la facture a été multipliée par quatre entre la signature et la fin des travaux, pour atteindre 16 millions d'euros.
Aux manifestants qui réclament la publication de tous les contrats, le gouvernement oppose le secret de l'accord conclu avec la partie chinoise. Et la colère redouble.
Fin novembre, alors que les étudiants de la faculté d'art dramatique de Belgrade respectent 15 minutes de silence en hommage aux 15 victimes de Novi Sad, des hommes cagoulés se mêlent à la foule et s'en prennent à eux. Nouvelle étincelle, les universités du pays s'embrasent.
Fin 2024, la plupart d'entre elles sont bloquées et les étudiants n'ont que faire des promesses du président Aleksandar Vucic - des prêts facilités pour accéder à la propriété ...
Le 22 décembre, plus de 100.000 personnes manifestent à Belgrade.
Les manifestations redoublent, des incidents éclatent.
Au même moment, à Novi Sad, des étudiants organisent une opération de collage près d'un local du SNS. Des militants en sortent et s'en prennent à eux avec des battes de baseball, selon les témoignages. Les coups partent, une jeune fille est gravement blessée à la mâchoire.
Quelques heures plus tard, le Premier ministre et chef du parti, Milos Vucevic, démissionne. "Trop peu, trop tard", prédit Dragan Popovic, de l'ONG serbe Centre for Practical Politics.
- A pied ou à vélo -
Espérant toucher chaque village de Serbie, des centaines d'étudiants parcourent le pays pour expliquer leur combat. D'autres enfourchent leur vélo et se rendent à Strasbourg pour alerter le Parlement européen.
Les partisans du président s'organisent eux aussi: plusieurs jours avant une manifestation qui s'annonce massive, ils installent des tentes devant le bâtiment de la présidence. Les tentes se multiplient et le campement s'étend jusqu'au perron du Parlement. Le centre-ville de Belgrade est bloqué par la police - et l'est toujours six mois plus tard.
Le 15 mars, plus de 300.000 personnes défilent à Belgrade, la plus grande manifestation depuis le début des années 2000.
Du côté du gouvernement, la rhétorique se durcit: les manifestants sont des "agents de l'étranger" qui fomentent "un coup", certains sont arrêtés pour atteinte à la sureté de l'Etat. Des membres de son partis laissent entendre sans preuve que l'accident de la gare ne serait pas un accident mais un attentat.
Au cœur de l'été, plusieurs manifestations dégénèrent entre partisans du SNS et manifestants, et la répression policière se fait plus dure. Sur les réseaux sociaux, les images de manifestants et manifestantes blessés et les témoignages de violence policière se multiplient.
Plusieurs étudiants et militants sont arrêtés.
Mi-septembre, 13 personnes — dont l'ancien ministre Vesic — sont inculpées dans l'enquête sur l'effondrement de l'auvent.
Deux autres enquêtes, une menée par le parquet anti-corruption, et une par le parquet européen sur le possible détournement de fonds européens dans le projet, sont aussi en cours.
Pas suffisant pour les étudiants. "Un an, zéro responsables" sera le mot d'ordre de la manifestation appelée samedi à Novi Sad pour le premier anniversaire de la tragédie.
E.Rodriguez--AT