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Moins de spectacles, plus de prières: Trump transforme le temple culturel de Washington
Un nouveau genre de spectacle se joue au Kennedy Center, prestigieuse institution culturelle de Washington: au programme, une série de conférences à tonalité politique avec des invités d'extrême droite et, dans toutes les bouches, et les prières, un nom: Donald Trump.
"Que Dieu le bénisse." Les paumes tournées vers le ciel, des dizaines de personnes en tailleur et costume-cravate louent le président américain.
Thème du jour: un "sommet pour mettre fin à la persécution des chrétiens" organisé par la Conférence d'action politique conservatrice, la CPAC, une puissante entité dont les idées balaient tout le spectre de la droite américaine jusqu'aux extrêmes.
Du jamais vu au Kennedy Center, grande bâtisse blanche qui proposait depuis 1971 une programmation culturelle diversifiée, forte d'une longue tradition de neutralité politique.
C'était avant février, quand Donald Trump a pris les rênes de l'institution.
Le président a mis au placard plusieurs membres du conseil d'administration pour y placer ses proches, à commencer par la femme du vice-président, Usha Vance, et la cheffe de cabinet de la Maison Blanche, Susie Wiles.
Son mot d'ordre: contrer la "propagande antiaméricaine", balayer la "culture woke" et ramener du "patriotisme" et de la "grandeur" au secteur de la culture.
Exit, donc, les spectacles célébrant la diversité. Supprimés, les populaires drag shows du Kennedy Center et les événements liés au mois des fiertés.
En signe de protestation, des dizaines de spectacles et artistes ont annulé leur venue, la célèbre comédie musicale "Hamilton" en tête. Son producteur Jeffrey Seller regrette "des décennies de neutralité (...) réduites en miettes" par cette "purge du personnel".
- Peau neuve -
Sur scène, à côté d'un grand drapeau américain surmonté d’un aigle doré, une membre du gouvernement de Donald Trump, Jennifer Korn, ouvre la série de conférences par des éloges au président.
Elle salue la création, "avec la bonté de son coeur", d'une branche de la Maison Blanche dédiée à la foi, appelée "Bureau des affaires religieuses", dont elle fait partie.
Puis elle reprend la rhétorique présidentielle: des écoles "forcent les élèves à lire des livres sur les transgenres", et les "biais antichrétiens" ne cessent de se multiplier.
Ces propos simplificateurs qui trouvent écho chez les trumpistes résonnent maintenant dans l'enceinte d'une institution qui s'était jusque-là évertuée à laisser les discours partisans hors de ses murs.
Donald Trump transforme l'institution culturelle en "une organisation artistique gouvernementale, comme on peut le voir dans d'autres pays, entièrement alignée sur le gouvernement en place", dénonce Andrew Taylor, professeur d'arts à l'American university.
Le nouveau dirigeant du Kennedy Center et proche du président, Richard Grenell, souhaite que l'hymne national soit chanté avant chaque concert, pour célébrer le 250e anniversaire du pays, en 2026.
Autre nouveauté, annoncée par Donald Trump, amateur de chantiers: le Kennedy Center va faire peau neuve, "notamment au niveau des sièges, de la moquette, des revêtements muraux, des plafonds, des lustres, des scènes, du chauffage et de la climatisation".
Le milliardaire républicain, qui a démoli une aile de la Maison Blanche pour faire construire une vaste salle de balle, rêve maintenant d'accoler son nom à l'établissement. "Le nouveau Trump Kennedy, oups, je veux dire Kennedy Center", a-t-il récemment lancé sur son réseau Truth Social.
Ironie? Pas vraiment: une proposition de loi pour rebaptiser le Kennedy Center, du nom du président assassiné en 1962, en Trump Center a été soumise par un élu républicain.
La mesure a très peu de chances d'être acceptée mais la mainmise du milliardaire sur ce symbole de la culture aux Etats-Unis ne fait plus de doute.
D.Lopez--AT