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Trump tente de "saper le consensus" mondial sur le climat, juge l'ex-émissaire américain
Le recul climatique du président américain Donald Trump a non seulement un impact aux Etats-Unis mais "entraîne le monde dans la mauvaise direction", estime dans un entretien à l'AFP John Podesta, l'ancien émissaire pour le climat de son prédécesseur démocrate Joe Biden.
John Podesta a témoigné mardi dans le Montana lors d'un procès fédéral intenté par des jeunes plaignants contre l'administration Trump, accusée de bafouer leurs droits en promouvant le pétrole et le gaz par une série de décrets.
Depuis son retour au pouvoir en janvier, l'administration Trump s'efforce aussi de promouvoir gaz et pétrole en dehors des Etats-Unis, qu'il s'agisse d'intégrer l'achat de gaz naturel liquéfié (GNL) dans les accords commerciaux ou de faire pression sur des organismes internationaux tels que l'Agence internationale de l'énergie.
John Podesta a parlé à l'AFP dans le Montana, en marge des audiences fédérales, de l'abandon par les Etats-Unis de leur rôle de leader mondial et des conséquences pour la planète, à moins de deux mois de la conférence annuelle de l'ONU sur le climat, la COP30, au Brésil.
Q: Comment analysez-vous la politique internationale climatique de l'administration Trump?
R: Lors du premier mandat, ils avaient décidé d'abandonner leur rôle de locomotive. Maintenant, ils essayent d'entraîner le monde dans la mauvaise direction. Dans les forums internationaux, ils s'efforcent d'empêcher toute action en faveur du climat. Dans les relations bilatérales, ils encouragent l'utilisation des combustibles fossiles. Et dans les forums multilatéraux, ils affichent leur mépris pour toute action commune.
Q: Il a été rapporté qu'ils pourraient essayer d'affaiblir le consensus de l'ONU sur le changement climatique. Quels effets cela aurait-il?
R: Ils feront tout pour faire pencher la balance vers les énergies fossiles. Le raisonnement consistant à s'en prendre à la recherche scientifique aux Etats-Unis finira par saper le consensus scientifique à l'étranger. Parviendront-ils réellement à changer la dynamique au sein du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), surtout qu'ils privent le Giec de ressources et interdisent aux scientifiques fédéraux américains de participer à des études? Je ne pense pas qu'ils auront beaucoup d'impact sur la production globale de travaux scientifiques évalués par les pairs, mais ils sèmeront un peu le désordre en cours de route.
Q: Comment cela affecte-t-il la place des Etats-Unis dans le monde, en particulier face à la Chine qui veut dominer les énergies propres?
R: Il est clair que cela réduit le sentiment de solidarité que nous avons avec les pays autres que la Chine. Si nous sommes en concurrence avec la Chine pour le leadership mondial, nous nous alignons sur la Russie et l'Arabie saoudite plutôt que sur nos alliés naturels en Europe, en Amérique latine et en Asie. Du point de vue de la sécurité, c'est une terrible erreur.
Q: Quelles seront les conséquences de tout cela pour les négociations de la COP30?
R: On verra ce qui se passe (au Brésil) et après. Il existe toujours un fort consensus mondial pour aller de l'avant, mais avec les Etats-Unis non seulement absents du leadership mais jouant un rôle révisionniste, des pays comme l'Arabie saoudite et la Russie qui veulent réduire les ambitions ont désormais un allié de poids.
Q: Selon vous, qu'est-ce qui motive l'administration Trump?
R: C'est une tentative de transformer l'énergie propre en enjeu des guerres culturelles tout en ignorant les réalités économiques de la transition, et sa loyauté envers les intérêts de l'industrie fossile qui ont financé son ascension. Mais c'est surtout une question de politique culturelle: tant qu'il (Donald Trump, ndlr) pensera que cela lui est profitable, il continuera dans cette voie.
K.Hill--AT