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France: la croissance durant l'été surprend positivement malgré l'instabilité politique
La croissance économique française a accéléré à 0,5% au troisième trimestre par rapport aux trois mois précédents, meilleure qu'anticipé grâce à des exportations dynamiques, Bercy y voyant "une performance remarquable" malgré l'incertitude politique en France et les tensions commerciales avec les Etats-Unis.
Supérieure au +0,3% anticipé initialement, cette publication laisse augurer que la deuxième économie de la zone euro dépassera la croissance de 0,7% attendue par le gouvernement en 2025.
Après +0,1% au premier trimestre et +0,3% au deuxième, l'acquis de croissance, c'est-à-dire ce que serait la croissance annuelle si le PIB n'évoluait plus du tout en fin d'année, est de 0,8% à fin septembre, indique l'Institut national de la statistique (Insee) en publiant sa première estimation jeudi.
C'est mieux que l'Allemagne (0,2%) dont les chiffres trimestriels sont également attendus jeudi avec ceux de l'Italie. L'Espagne a, elle, enregistré une croissance de 0,6% au troisième trimestre, visant 2,7% sur l'année.
Le ministre de l'Economie, Roland Lescure, a salué "une performance remarquable": "malgré les soubresauts politiques et les incertitudes internationales, nos entreprises investissent, exportent et font progresser le pays".
"L’adoption rapide d'un budget qui préserve la confiance des entreprises et des ménages sera capitale pour maintenir cet élan", a-t-il ajouté.
- "Solide" -
Le budget pour 2026 est âprement débattu dans une Assemblée nationale sans majorité, où plane toujours la menace d'une censure du gouvernement. Les échanges se cristallisent notamment sur la taxation des plus riches.
"Globalement, la croissance est solide", note Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, auprès de l'AFP.
Avant le début de débats budgétaires houleux, l'économie a bénéficié durant l'été d'une accélération des exportations (+2,2%), surtout dans l'aéronautique, secteur qui était pénalisé depuis le Covid par des problèmes d'approvisionnement.
Pour Stéphane Colliac, économiste chez BNP Paribas, ce renforcement des exportations "n'est qu'un début".
Les exportations de produits agroalimentaires, notamment les boissons, ont en revanche souffert des "tensions commerciales avec la Chine et les États-Unis", selon l'Insee.
Par ailleurs, la baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) face au reflux de l'inflation se traduit par une amélioration des investissements (+0,4% après 0,0%). Ils sont tirés par ceux des entreprises (+0,9%), tandis que les investissements des ménages, principalement dans le logement neuf, sont en berne (-0,4%).
- "Maillon faible" -
En septembre, l'Insee jugeait toutefois les moteurs de l'économie française fragiles dans un contexte marqué par un regain d'instabilité politique affectant la confiance des ménages et la consommation, un pilier traditionnel de la croissance.
Cette dernière a progressé modérément de 0,1% au troisième trimestre, comme au deuxième.
"La consommation reste le maillon faible de cette économie. Elle ne redémarre pas (...) avec un manque de confiance demeurant élevé", analyse Maxime Darmet. Alors que les salaires réels progressent et que les taux d'épargne culminent, "il manque cet ingrédient-là pour que la croissance s'établisse sur des bases solides".
Le quatrième trimestre s'annonce moins flamboyant, selon l'économiste, qui prévoit un ralentissement coïncidant avec le retour de l'instabilité politique, après "un apaisement" durant les deux trimestres précédents.
De son côté, Stéphane Colliac n'exclut certes pas "un contrecoup" en fin d'année, mais il voit des raisons d'être "résolument optimiste" avec des "fondamentaux assez solides" de l'économie permettant de contrebalancer les risques. Il cite notamment "une croissance multifactorielle", avec "un rebond de la production industrielle qui semble pérenne".
Le gouvernement de François Bayrou a chuté début septembre, quelques semaines seulement après la présentation des orientations budgétaires de son gouvernement mi-juillet.
Sébastien Lecornu lui a succédé le 9 septembre, désormais en première ligne pour défendre un budget qui ambitionnait initialement un effort global d'une trentaine de milliards d'euros pour 2026.
Le gouvernement souhaite ramener le déficit public à 4,7% du PIB en 2026, après 5,4% en 2025, mais accepterait d'assouplir l'objectif jusqu'à un niveau se situant "sous 5%" pour permettre des compromis.
Au troisième trimestre, les dépenses des administrations publiques sont restées dynamiques, Maxime Darmet ne voyant "aucun signe d'austérité budgétaire à ce stade".
L'incertitude politique et la situation dégradée de ses finances publiques a valu à la note souveraine française d'être abaissée par les agences S&P et Fitch, et placée sous perspective négative par Moody's.
Ch.P.Lewis--AT