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EDF: l'Etat actionnaire choisit un nouveau pilote pour accélérer la relance du nucléaire
Arrivé il y a un peu plus de deux ans, le patron d'EDF Luc Rémont ne devrait pas être reconduit à son poste, Emmanuel Macron prévoyant de le remplacer par le directeur général de Framatome Bernard Fontana, pour "accélérer" le chantier industriel pharaonique de la relance du nucléaire.
Cette nomination, envisagée par le président de la République, pourrait intervenir rapidement, "dès que possible", alors que le mandat d'administrateur de Luc Rémont s'achève à l'été, a précisé une source étatique proche du dossier. Elle doit d'abord être approuvée à l'Assemblée et au Sénat.
Le choix de Bernard Fontana vise à "projeter EDF vers l'avenir", a déclaré vendredi le Premier ministre François Bayrou. "C'est le patron de Framatome, c'est-à-dire ceux qui ont joué un rôle dans la filière nucléaire très important. C'est un industriel (...) il a l'habitude de diriger des équipes, d'accélérer des chantiers", a-t-il souligné.
Bernard Fontana dirige depuis septembre 2015 le français Framatome, filiale d'EDF et l'un de ses principaux fournisseurs en équipements, services et combustible pour l'industrie nucléaire.
- "Maîtrise des coûts et du calendrier" -
Luc Rémont se retrouve remercié quelques jours après un conseil de politique nucléaire (CPN), réuni lundi par Emmanuel Macron, un point d'étape sur l'avancement du programme de construction de six EPR2 qu'il avait annoncé en grande pompe en 2022. L'occasion pour l'Etat de remettre la pression sur EDF, sommé "d'amplifier les actions de maîtrise des coûts et du calendrier" de ce chantier colossal, sur des dizaines d'années et synonyme de gros investissements, selon le communiqué de l'Elysée lundi.
L'Etat a en tête "des échéances majeures qui arrivent", avec une "décision finale d'investissements" attendue en 2026, étape cruciale pour lancer le chantier, et "les premiers bétons (qui) doivent ensuite arriver le plus rapidement possible", affirme la source étatique proche du dossier.
Pour l'Etat, il s'agit d'éviter la répétition du scénario de Flamanville, le chantier de l'EPR normand émaillé d'aléas techniques qui ont fait déraper les coûts et le calendrier.
"Aujourd'hui, souligne la source, "l'enjeu de maîtrise industrielle (...) est vraiment une priorité et pour le moment pas totalement satisfaisant".
Luc Rémont avait été nommé par l'Elysée en novembre 2022, en pleine crise énergétique après la guerre en Ukraine et à l'entrée d'un hiver tendu sous la menace de coupures électriques en raison de problèmes de corrosion dans le parc nucléaire français, dont une grande partie avait dû être mise à l'arrêt.
Au sommet de l'Etat, on loue aujourd'hui le "gros travail" et les "progrès extrêmement importants" de Luc Rémont "sur le redressement de la production du parc existant". Sous son mandat, EDF, repassée à 100% dans le giron de l'Etat, est redevenue rentable, lui donnant une meilleure assise pour lancer le programme nucléaire. On reconnaît aussi à Luc Rémont, selon une source gouvernementale, "un grand exercice de transparence" pour "objectiver l'ensemble des sujets (...) soulevés par ce programme".
Sans convaincre totalement l'Etat actionnaire. "Il y a besoin d'accélérer", résume la source étatique.
- "Pas" une "sanction" -
Pour ne rien arranger, depuis plus d'un an, les relations d'EDF avec ses plus gros clients, les industriels français, se sont fortement dégradées. Critiqué pour des prix de l'électricité jugés trop élevés pour assurer la compétitivité voire la survie des usines, il s'est attiré les foudres de l'Etat soucieux d'éviter une désindustrialisation.
Mais la décision d'écarter M. Rémont n'est "pas" une "sanction", a répondu la source gouvernementale vendredi, soulignant la préférence de l'Etat pour un "profil industriel spécialiste du nucléaire".
"Le coeur de la raison de la nomination, c'est vraiment l'enjeu industriel, ce n'est pas le sujet de la politique commerciale", a affirmé la source étatique.
Contacté vendredi, EDF n'a souhaité faire aucun commentaire.
Le secrétaire général de la CFE-Energie, premier syndicat d'EDF SA, Alexandre Grillat, a déploré un mandat de seulement deux ans pour Luc Rémont, compte tenu de la gouvernance de "long terme" d'un énergéticien comme EDF. "Ce n'est pas une bonne chose pour l'entreprise", a-t-il estimé.
Quant au choix de M. Fontana, "au moins, c'est quelqu'un qui connait le groupe EDF" et qui vient d'un "métier du nucléaire", s'est-il rassuré.
nal-are-vl-im-ngu/ak/ab
F.Wilson--AT