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Décès de Peter Arnett, vétéran du journalisme américain du Vietnam à l'Irak
Il a marqué la couverture de la guerre du Vietnam, puis suivi la plupart des conflits de la fin du XXe siècle, dont les deux guerres du Golfe. Le célèbre correspondant de guerre américain Peter Arnett est décédé mercredi.
Le journaliste souffrait d'un cancer de la prostate et était hospitalisé depuis samedi dans un hôpital de Californie. Il avait 91 ans, a indiqué sa famille aux médias américains.
Correspondant de l'agence de presse américaine Associated Press (AP), il a couvert la guerre du Vietnam de 1962 jusqu'à la chute de Saïgon (devenu Ho Chi Minh-Ville) en 1975. Ses reportages lui ont valu le prestigieux prix Pulitzer en 1966.
Né en Nouvelle-Zélande, naturalisé américain, il a fait partie de cette génération d'étudiants venus chercher l'aventure au Vietnam et repartis changés à jamais, une dizaine d'années plus tard.
"M. Arnett était un rebelle qui défiait l'autorité, prenait des risques calculés, se méfiait des responsables et se rendait sur les champs de bataille", écrit le New York Times.
"Il acceptait la censure étrangère pour obtenir des reportages, abandonnait l'objectivité lorsqu'il estimait que la situation l'exigeait, et a été souvent accusé de publier des récits qui sympathisaient avec les ennemis de l'Amérique au Vietnam et en Irak".
Au cours d'une carrière récompensée par de nombreux prix, il a couvert pas moins de 17 guerres en Asie, au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique latine.
"Peter Arnett était l'un des plus grands correspondants de guerre de sa génération: intrépide, courageux et doté d'un talent exceptionnel d'écriture et de narration", a estimé la cheffe du bureau d'AP aux Nations unies et ex-correspondante de guerre au Vietnam, Edith Lederer, citée par l'agence de presse américaine.
"Il était comme un frère. Sa mort laissera un grand vide dans ma vie", a confié de son côté le photographe à la retraite américano-vietnamien d'AP Huynh Cong Ut, alias Nick Ut, lauréat du Pulitzer pour la photo de "la petite fille au napalm", l'un des clichés les plus emblématiques de la guerre du Vietnam.
- La guerre "en direct" -
Sa couverture de la première guerre du Golfe pour CNN depuis Bagdad, en 1991, l'a rendu célèbre dans le monde entier.
Alors que les missiles américains frappaient la capitale irakienne, Arnett, un des seuls journalistes occidentaux sur place, avait raconté la guerre depuis sa chambre d'hôtel avec des images transmises avec son téléphone portable.
"Il y a eu une explosion tout près de moi, peut-être l'avez-vous entendue...", disait-il avec son accent néo-zélandais, faisant vivre "en direct" les événements au monde entier.
Peter Arnett est également connu pour avoir interviewé Oussama ben Laden, en mars 1997, "quelque part en Afghanistan", quatre ans avant les attentats du 11-Septembre.
Dans sa nécrologie, le New York Times rappelle la macabre confidence du fondateur d'Al-Qaïda qu'il interrogeait sur ses projets : "Vous les verrez et entendrez parler d'eux dans les médias, si Dieu le veut".
Sa fin de carrière avait été marquée par des polémiques.
En 1999, il avait été licencié par CNN pour son implication dans un reportage affirmant que les forces américaines avaient utilisé du gaz neurotoxique contre des déserteurs au Laos, durant la guerre du Vietnam.
L'information avait été démentie par les responsables militaires américains et CNN s'était rétractée.
En 2003, lors de la seconde guerre du Golfe, il avait été cloué au pilori pour avoir accordé une interview à la télévision d'Etat irakienne.
Peter Arnett racontait notamment que "le premier plan de guerre avait échoué en raison de la résistance irakienne". Et d'ajouter : "Manifestement, les stratèges américains ont mal jugé la détermination des forces irakiennes".
Ces propos avaient suscité de nombreuses protestations aux Etats-Unis, certains jugeant qu'ils apportaient "aide et réconfort à l'ennemi". Arnett avait ensuite été licencié par son employeur de l'époque, NBC.
Il avait pris sa retraite de journaliste en 2007. Il laisse une épouse, Nina Nguyen, et deux enfants.
K.Hill--AT