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La fin de l'ISS, symbole d'une ère de coopération internationale
La fin programmée de la station spatiale internationale (ISS) en 2030 signe aussi celle d'un quart de siècle de coopération sans frontière dans un domaine, l'espace, devenu essentiel à la vie quotidienne des terriens et terrain d'enjeux nationaux.
"C'est effectivement un moment très intéressant de l'évolution de l'exploration", estime auprès de l'AFP Lionel Suchet, directeur général délégué du Centre national d'études spatiales (CNES).
Ce polytechnicien, ancien chef de la division spatiale au sein du CNES de 1996 à 2004, a coordonné de nombreux projets lors des premières années de l'ISS, juste après avoir assisté aux premières loges à la désorbitation de la station Mir, l'ancêtre russe de la station internationale, en 2001.
"L'histoire des vols habités, c'est d'abord la course à l'espace. Les Russes sont partis sur une voie +vols longue durée+, avec des stations. Les Américains sur des +vols courte durée+, avec la Lune. C'était deux voies séparées, et une logique de compétition. Un des points positifs de l'ISS, c'est qu'on a construit un programme de coopération, le seul encore aujourd'hui", souligne-t-il.
- "Cathédrale dédiée à la coopération" -
"L'ISS est une cathédrale dédiée à la coopération humaine et à la collaboration au-delà des frontières, des langues et des cultures", abonde auprès de l'AFP John Horack, ancien directeur de la branche scientifique et des systèmes de mission au sein de la Nasa.
"Depuis plus de 25 ans, nous avons des gens dans l'espace, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Cela prouve que nous pouvons trouver des solutions plutôt que nous battre lorsque nous souhaitons interagir les uns avec les autres", insiste M. Horack, qui occupe la chaire Neil Armstrong de politique aérospatiale au sein de l'Ohio State University.
Mais le temps passe, et le matériel vieillit. À l'été 2024, la Nasa a annoncé qu'elle avait choisi SpaceX d'Elon Musk pour construire un module capable de repousser la Station spatiale internationale vers l'atmosphère terrestre, permettant ainsi de la détruire après sa mise à la retraite en 2030.
"Ce module va ralentir l'ISS, et lui permettre une rentrée précise au-dessus de l'océan Pacifique, loin des terres, des populations et de tout autre danger potentiel. Plusieurs grands engins spatiaux notables, notamment Mir et l'observatoire à rayons gamma, ont été désorbités de cette manière, bien que l'ISS soit beaucoup plus grande que ces deux derniers", explique John Horack.
- Privatisation de l'espace -
Après 2030, la Chine, avec sa station Tiangong, restera la seule nation possédant une telle infrastructure en orbite basse. Les États-Unis misent eux sur des stations spatiales privées, qui pourraient accueillir des astronautes de la Nasa comme d'autres clients.
"Nous entrons dans un ère où les stations spatiales - comme les lanceurs, les satellites - auront une dimension bien plus commerciale", estime John Horack. "Elles seront construites et exploitées par des entreprises privées – souvent des entreprises collaborant à l'échelle mondiale – dont les clients seront les agences spatiales nationales, les programmes spatiaux etc.".
Plusieurs entreprises américaines planchent déjà sur ces projets, dont Axiom Space et Blue Origin. Tout comme des entreprises européennes.
Mais "le business model sera quand même grandement institutionnel parce qu'on sait que des pays ont toujours intérêt à envoyer des astronautes en orbite basse", tempère M. Suchet.
Reste aussi la question de la science et de l'exploration, "un objectif de l'humanité toute entière" pour Lionel Suchet, qui rappelle qu'il existe des traités de non appropriation, d'utilisation du spatial.
"Mais de fait, quand un pays va créer sa base lunaire, il s'appropriera le terrain parce qu'on ne va pas créer une autre base lunaire au même endroit", note M. Suchet.
Pour John Horack, "une ère se termine. Nous devons grandir en tant qu'être humain dans notre capacité à voyager dans l'espace, et dans l'utilisation de l'espace afin d'améliorer la vie sociale, économique, éducative et la qualité de vie de tous, partout dans le monde", conclut-il, citant l'ancien directeur de l'agence spatiale européenne Jean-Jacques Dordain: "Si tu veux aller vite, vas-y seul. Si tu veux aller loin, allons-y ensemble".
M.Robinson--AT