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L'ex-Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland rattrapé par l'affaire Epstein
La police norvégienne a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête sur l'ex-Premier ministre, Thorbjørn Jagland, pour des soupçons de "corruption aggravée" du fait de ses relations passées avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.
Chef du gouvernement de 1996 à 1997, M. Jagland était président du comité Nobel qui décerne le prix Nobel de la paix et secrétaire général du Conseil de l'Europe au moment où il a tissé des liens avec M. Epstein dans les années 2010.
La police "a ouvert une enquête visant (...) Thorbjørn Jagland, pour des soupçons de corruption aggravée", a indiqué l'Autorité nationale d'enquête et de poursuite des infractions économiques et environnementales, Økokrim, dans un communiqué.
"Il existe des motifs raisonnables d'ouvrir une enquête puisqu'il occupait les fonctions de président du comité Nobel et de secrétaire général du Conseil de l'Europe durant la période visée par les documents rendus publics" dans l'affaire Epstein, a dit le chef d'Økokrim, Pål Lønseth.
Sollicité par l'AFP, l'avocat de M. Jagland, Anders Brosveet, n'a pas répondu dans l'immédiat.
"De ce que nous savons, nous sommes sereins sur l'issue" de l'enquête", a dit M. Brosveet au journal norvégien Verdens Gang (VG).
"C'est avant tout dans l'intérêt de Jagland d'obtenir une clarification définitive de la part d'Økokrim, plutôt que de voir toute la meute médiatique mener chacun sa petite enquête privée", a-t-il ajouté.
- Garantie financière? -
Selon VG, qui s'appuie sur les documents diffusés vendredi par le ministère américain de la Justice, M. Jagland a sollicité une garantie du financier américain pour l'achat d'un appartement, sans que l'on connaisse l'issue de cette demande.
Aujourd'hui âgé de 75 ans, l'intéressé a indiqué au journal que les prêts pour ses biens immobiliers avaient été tous obtenus auprès de la banque norvégienne DNB.
Celui-ci a par ailleurs séjourné chez M. Epstein à New York en 2018, ainsi qu'à Paris en 2015 et 2018, selon ces mêmes documents.
Sa famille et lui avaient en outre prévu un voyage en 2014 sur l'île du criminel sexuel américain mais ce voyage a finalement été annulé.
M. Jagland avait dans le passé assuré que ses liens avec Epstein étaient "un aspect d'une activité diplomatique normale". Dimanche, il a indiqué au journal Aftenposten qu'il avait fait preuve "d'une erreur de jugement" en ayant cette relation.
Certains de ses échanges avec Epstein ont par ailleurs fait des remous en Norvège.
"J'ai été à Tirana (Albanie) — filles extraordinaires", lui écrit-il dans un courriel en mai 2012. "Je ne peux pas continuer uniquement avec de jeunes femmes, comme tu le sais", lui dit-il aussi en janvier 2013.
- Demande de levée d'immunité -
L'ouverture d'une enquête "souligne la gravité de l'affaire", a commenté le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre.
A la demande d'Økokrim, le ministère des Affaires étrangères a indiqué qu'il allait demander au Conseil de l'Europe de lever l'immunité dont M. Jagland bénéficie au titre de ses fonctions de secrétaire général, occupées de 2009 à 2019.
"Il est important que toute la lumière soit faite sur cette affaire. L'immunité de M. Jagland ne saurait faire obstacle à une enquête", a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, cité dans un communiqué.
De son côté, l'Institut Nobel avait indiqué mercredi attendre des explications de M. Jagland, président du comité Nobel de 2009 à 2015, sur d'éventuels avantages financiers d'Epstein.
Plusieurs autres personnalités norvégiennes sont dans le collimateur du fait de leurs liens avec Epstein: la princesse héritière Mette-Marit, un couple de diplomates très en vue Mona Juul (suspendue) et Terje Rød-Larsen (à la retraite), ainsi que le chef du Forum économique mondial, Børge Brende.
La simple mention du nom d'une personne dans ce dossier ne suppose aucun acte répréhensible a priori de cette personne.
Mais les documents rendus publics montrent l'existence de liens entre Epstein et certaines personnalités qui ont souvent minimisé, voire nié, de tels rapports.
Déjà condamné en 2008 pour avoir recouru à des services de prostituées mineures, Jeffrey Epstein a ensuite été accusé d'avoir exploité sexuellement plus de 1.000 jeunes femmes, dont là aussi des mineures.
Il avait été retrouvé pendu dans sa cellule de New York en 2019, avant son procès.
T.Wright--AT