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A Washington, la valse diplomatique des ambassades fantômes
Les murs décatis de cette vaste demeure de Washington étaient depuis longtemps cachés par une végétation envahissante quand, en septembre, la haie a été enfin taillée et le drapeau syrien hissé.
La réouverture symbolique de l'ambassade de Syrie aux Etats-Unis, après onze ans de fermeture, rappelle qu'une poignée de bâtiments diplomatiques d'un quartier cossu de la capitale américaine sont laissés à l'abandon, leurs façades écaillées et leurs volets brisés, comme témoins des soubresauts de la diplomatie mondiale.
Depuis que l'ambassade afghane a fermé, quelques mois après la prise de Kaboul par les talibans en 2021, des journaux jaunissent dans sa boîte aux lettres.
A un jet de pierre, les mauvaises herbes grignotent aujourd'hui le parking de l'hôtel particulier qui hébergeait la mission commerciale russe. Le département d'Etat l'a fait évacuer en représailles à la tentative de Moscou d'influer sur l'élection américaine de 2016.
Fermée de force par les Etats-Unis en 2014 après trois ans de guerre civile, l'ambassade syrienne peut, elle, reprendre ses opérations.
C'est ce que Washington a annoncé le 10 novembre à l'issue de la visite à la Maison Blanche du président Ahmad al-Chareh, l'ex-jihadiste qui a chassé Bachar al-Assad du pouvoir fin 2024.
- Voisins irrités -
Mais la bâtisse est dans un tel état de délabrement qu'une réouverture effective pourrait prendre "des années", explique à l'AFP Bassam Barabandi.
Cet ancien diplomate syrien a quitté son poste à Washington en 2013 après y avoir clandestinement fait des passeports pour l'opposition au régime. Il se souvient qu'avant même de partir, certaines pièces de la chancellerie étaient déjà condamnées car vétustes. "Donc imaginez, depuis le temps..."
Au bout de la rue, les haies de la résidence abandonnée de l'ambassadeur étaient parfois taillées par les jardiniers des riches voisins, irrités par son apparence négligée. Un avis de coupure de gaz est encore accroché à la poignée de la porte.
A quelques maisons de là, près de celle du couple Obama, se tient l'ambassade d'Afghanistan. "Un jour, ça fonctionnait, et le lendemain, tout était parti", se souvient Trina Thompson, la factrice du quartier.
C'était en mars 2022, et Abdul Hadi Nejrabi était là aussi: c'est lui qui a rendu les clés.
Cela faisait sept mois que Kaboul était tombée, l'ancien ambassadeur adjoint et ses collègues représentaient un gouvernement qui n'existait plus, et bientôt leur compte en banque a été bloqué, les privant de tout salaire.
"Nous sommes arrivés au point où le département d'Etat nous a officiellement demandé de fermer l'ambassade", alors qu'elle offrait encore des services consulaires, regrette-t-il.
- "Expropriations de fait" -
Ce jour-là, avec quelques diplomates encore là et les Américains, reprend-il, "nous sommes passés dans chaque pièce, puis nous sommes sortis, nous avons fermé la porte et donné la clé au chef de la délégation de l'OFM."
C'est ce bureau du département d'Etat chargé d'accueillir les missions étrangères aux Etats-Unis qui s'occupe depuis d'entretenir le bâtiment et de tondre la pelouse.
La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques oblige en effet les Etats à "respecter et protéger les locaux" des missions étrangères en cas de rupture des relations.
La liste des 29 bâtiments diplomatiques que dit gérer le département d'Etat dessine la carte des adversaires des Etats-Unis: 3 pour l'Afghanistan, 6 pour le Venezuela, 11 pour l'Iran - trois pays sans lien diplomatique avec Washington - mais aussi 3 pour la Chine et 6 pour la Russie.
Parmi les propriétés interdites d'accès aux Russes, des consulats à San Francisco et Seattle et même une datcha, un domaine de vacances, près de la côte atlantique.
Toutes ont été fermées après fin 2016, dans une série de représailles entre Moscou et Washington. Ces "expropriations de fait" sont "illégales" au regard de la Convention de Vienne et "frisent en réalité le vol", dénonce l'ambassade russe auprès de l'AFP.
De l'autre côté de ce quartier huppé de Kalorama, sur le haut d'une avenue boisée où les ambassades se serrent en rang d'oignons, un autre bâtiment est désespérément vide depuis 1980.
L'ambassade d'Iran accueillait, jusqu'à la révolution islamique, de fastueuses réceptions avec le tout Washington. Mais rien n'indique aujourd'hui que cet édifice au dôme bleu persan rouvrira de sitôt ses hautes portes de bois.
W.Moreno--AT