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Massacrés en Slovénie, la mémoire des "collabos" divise 80 ans après
Quatre-vingts ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, Blaza Cedilnik n'a aucun lieu de recueillement pour se rappeler son père, l'un des 15.000 "collabos" slovènes brutalement exécutés après-guerre et que Ljubljana ne veut pas honorer.
"C'est comme si on n'existait pas. Personne ne nous a demandé notre avis alors qu'on est les principaux concernés", déplore auprès de l'AFP l'octogénaire.
Elle était âgée de seulement deux ans quand les unités communistes du maréchal Tito alliées aux Occidentaux ont chassé les forces de l'Axe occupant la Yougoslavie, dont faisait partie la Slovénie.
Les miliciens de la Garde nationale, recrutés dans la population locale, ont alors tenté de fuir les représailles de la résistance et de rejoindre l'Autriche voisine. Mais après les avoir désarmés, les Britanniques présents dans le sud les ont repoussés.
Ces "domobranci", comme on appelait les supplétifs des nazis en Slovénie, ont été sommairement massacrés, un crime de guerre resté impuni et qui ne collait pas avec le glorieux récit des héros de la Libération.
Des 9.100 victimes à ce jour exhumées d'une centaine de fosses communes, il ne subsiste que des restes, que l'armée slovène a décidé le mois dernier de transférer temporairement dans un ossuaire, à une demi-heure de la capitale.
- Épuration massive -
Une décision qui a indigné Blaza Cedilnik, en cette année de commémoration du 80e anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie.
"Cela m'a retourné l'estomac, de voir ces ossements transportés dans des sacs en plastique", déplore la descendante de l'ancien professeur, déclaré mort en 1950.
Comme Peter Susnik, qui parle au nom du collectif des familles, elle voudrait qu'ils soit déplacés à Ljubljana.
Un mémorial aurait "une valeur symbolique" et "viendrait rappeler qu'un crime a été commis", estime-t-il, alors que les corps avaient été jetés dans des mines ou grottes abandonnées, lieux parfois détruits à la dynamite pour dissimuler l'épuration massive.
Mais le maire Zoran Jankovic refuse d'ériger un "monument aux domobranci" pour honorer ceux qui étaient du mauvais côté de l'histoire et ont eux-mêmes souvent été bourreaux: l'occupation a causé la mort de quelque 30.000 civils et 28.000 résistants, d'après les estimations officielles.
Pour l'historien militant de la cause Mitja Ferenc, qui participe depuis plus de trois décennies à une commission spéciale destinée à faire la lumière sur ces événements, "il est surprenant" et "incompréhensible" qu'on en soit encore là 80 ans après.
"Les victimes de la violence communiste doivent être défendues", insiste-t-il. "Ljubljana est la capitale de tous les Slovènes" et elle doit à ce titre "porter tous les souvenirs".
- Pardon -
M. Ferenc avance le chiffre de 15.000 meurtres perpétrés entre mai 1945 et janvier 1946, ne représentant que les Slovènes.
En comptant les victimes serbes ou croates, tuées sur le territoire slovène pendant leur fuite, on parle de dizaines de milliers d'hommes.
La dernière découverte date de 2022 et le charnier comptait les cadavres de 3.450 soldats, très jeunes pour la plupart. C'est le plus grand à ce jour.
Selon l'historien, les prisonniers ont été détenus dans des camps avant leur liquidation, comme celui de Teharje, à 70 km de Ljubljana. C'est là qu'un co-détenu ayant réussi à s'échapper a vu le père de Blaza Cedilnik pour la dernière fois.
La chape de plomb de la dictature a imposé le silence sur ces crimes jusqu'à l'éclatement de la Yougoslavie et le premier président de la Slovénie démocratique a, dès 1990, demandé pardon.
Or on est encore loin de la "réconciliation", admet Milan Kucan, ajoutant ne pas douter de la "volonté des autorités", qui s'efforcent de "clore de manière digne et respectueuse ce chapitre tragique".
Blaza Cedilnik ne demande qu'une chose: pouvoir enfin faire son deuil. Et défend la mémoire de son père, Anton Rabuza, assurant qu'il avait été enrôlé de force dans cette milice.
L.Adams--AT