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Du "cocon" d'internet aux podiums, la streameuse Maghla s'impose en figure forte du web français
Aussi à l'aise devant un jeu vidéo que sur les podiums des défilés, la première streameuse de France s’est imposée comme une figure phare du web, revendiquant d'être une femme dans un univers masculin et dénonçant les violences sexistes sur internet.
Maghla, qui tire son pseudo de son deuxième prénom, cumule plusieurs millions d'abonnés sur ses réseaux en réussissant un mélange des genres plutôt rare: divertissements autour de la mode, podcasts de confidences d'auditeurs ou jeux d'horreur.
"Mon contenu est une extension de chacune des facettes de ma personnalité", résume à l'AFP Barbara, son premier prénom, polo ample et tasse de thé dans les mains, quelques jours avant d'embarquer dans un bolide pour le GP Explorer 3, la course auto des stars du web.
Mais c'est son amour pour les jeux vidéo qui l'a menée vers le streaming.
"Mon père m'a transmis cette passion", se souvient Maghla, 31 ans, qui se décrit comme une enfant bonne élève et introvertie.
En parallèle d'une licence en économie-gestion, elle se lance en 2017 sur Twitch, plateforme de diffusion vidéo en direct alors encore peu connue du grand public.
"C'était un endroit où je pouvais partager mes passions, et comme je suis très bavarde, c'était parfait", s'amuse-t-elle, filmant ses parties dans son petit studio.
- "Cocon" -
"J'étais très timide, je ne trouvais pas ma place", raconte-t-elle, avant de confier se sentir sur internet comme dans un cocon.
Suivie aujourd'hui par plus de 1,1 million de personnes sur Twitch, elle est la première streameuse de France. Mais si on compte les streameurs hommes, elle n'est que dans le top 30.
Ses débuts sont marqués par de multiples remarques sexistes et du harcèlement.
"Je me prenais des insultes parce que j'avais du rouge à lèvres, parce qu'on voyait un petit peu trop mes bras, mon décolleté", se souvient-elle.
Elle décide alors de "s'habiller large", "moins se maquiller".
Elle raconte aussi "des montages où vous êtes nue dans des scènes pornographiques" partagés en ligne, "de la semence sur des photos qu'on vous envoie".
Elle finit par déposer plainte et, en 2022, l'un de ses harceleurs est condamné à un an de prison.
- Incessante sexualisation -
Quelques mois plus tard, elle prend la parole sur les réseaux sociaux pour dénoncer l'incessante sexualisation dont elle est l'objet. Ce qui entraîne une vague de témoignages d'autres streameuses.
"On le vivait toutes en silence. Je pense qu'aujourd'hui, on doit en reparler", affirme Maghla.
C'est aussi à cette période qu'elle diminue sa présence sur Twitch pour se lancer sur Youtube: "j'avais besoin d'une plateforme où je ne suis pas obligée de lire les commentaires, où j'ai une distance".
Entourée d'une équipe d'une dizaine de personnes, elle alterne entre des podcasts filmés et des projets plus ambitieux aux allures de jeux télé.
Pour les financer, elle s'associe à des marques, ce qui permet d'amortir jusqu'à "60-70% des coûts", le reste étant complété par les revenus publicitaires de YouTube.
Maghla apparaît aussi dans certaines des plus grosses productions de la plateforme, notamment celles du créateur de contenu Squeezie (20 millions d'abonnés), avec qui elle partage la même agence artistique, Bump.
- Occuper l'espace -
"C'est important, en tant que femme, de montrer qu'on est là", on doit "avoir une sororité. C'est super important", souligne-t-elle, insistant sur l'importance de la parité dans les contenus alors que de nombreux influenceurs masculins sont régulièrement critiqués pour ne pas suffisamment inviter de créatrices.
Récemment, elle a déposé deux nouvelles plaintes contre des harceleurs, pour l'instant sans suite.
Elle se dit néanmoins optimiste: "c'est mieux qu'il y a huit ans, mais il y a encore du chemin. Il faut avoir les épaules solides".
Invitée deux fois à défiler pour L'Oréal, elle a aussi mis un pied hors d'internet en apparaissant dans la série Bref 2, et rêve désormais de cinéma.
"Je n'ai jamais été autant moi qu'aujourd'hui", affirme Barbara, qui, ado, "aurait aimé avoir une Maghla".
"Je suis sur internet la grande sœur que j'aurais voulu avoir".
N.Walker--AT