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Suisse: enquête pénale ouverte contre les gérants français du bar incendié
Les autorités suisses ont annoncé samedi l'ouverture d'une enquête pénale contre les deux gérants français du bar ravagé la nuit du nouvel an par un incendie dans la station de ski de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et 119 blessés.
Ils sont "prévenus d'homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence", ont indiqué la police et le bureau de la procureure générale du canton du Valais dans un communiqué.
Avant d'envisager un éventuel procès, cette enquête devra établir la responsabilité de ce couple, Jacques et Jessica Moretti, dans le drame vraisemblablement provoqué par des bougies incandescentes entrées en contact avec le plafond du sous-sol de l'établissement.
Un peu plus tôt samedi, la police avait annoncé l'identification et la remise à leurs familles des premiers corps. Ils s'agissait de ceux de deux Suissesses âgées de 21 et 16 ans et de deux Suisses de 18 et 16 ans.
Vendredi, la même source avait annoncé que 113 des 119 blessés parmi lesquels 71 Suisses, 14 Français (16 selon le ministère français des Affaires étrangères samedi), 11 Italiens, quatre Serbes, mais aussi un Bosniaque, un Belge, un Luxembourgeois, un Polonais et un Portugais avaient pu être formellement identifiés.
- "Emouvant" -
"La Suisse est profondément triste", a déclaré sur place dans l'après-midi le ministre suisse de la Justice et Police, Beat Jans, affirmant également que "le monde a besoin de connaître les responsabilités".
"C'est incroyablement émouvant de voir cet endroit et de réaliser la puissance de ces flammes, même au dernier étage où j'ai pu entrer. On peut sentir l'odeur... on voit les dégâts causés par ces flammes, elles devaient être d'une intensité incroyable. 500, 600 degrés, même à l'étage du dessus. C'est une tragédie terrible", a-t-il encore déclaré devant la presse.
Alors que l'identification des corps et des derniers blessés devrait durer plusieurs jours, selon les autorités, des dossiers ante mortem pour les disparus ont été ouverts en lien avec plusieurs pays parmi lesquelles la Belgique, la France, l'Italie, le Portugal, les Philippines, la Roumanie, la Serbie et la Turquie.
Plusieurs patients-grands brûlés ont été transférés dans des hôpitaux de France, Belgique, Allemagne et Italie.
- Solidarité -
A Milan, Guido Bertolaso, responsable régional de la santé de Lombardie, a indiqué à la presse qu'une jeune fille de 15 ans grièvement atteinte devait arriver samedi à Milan par hélicoptère en provenance de Lausanne.
Deux autres garçons vraisemblablement italiens, a-t-il précisé, se trouvent également au centre des grands brûlés de Zurich, en attente de tests ADN.
"Pourquoi ne pouvons-nous pas les identifier ? Parce que leurs visages sont entièrement recouverts de bandages. (...) Nous ne pouvons donc pas retirer les bandages pour les distinguer. Ils sont intubés et ne peuvent donc pas parler. Nous devons attendre de pouvoir les identifier formellement", a déclaré M. Bertolaso.
Les hommages et appels à se rassembler sont lancés dans le Valais. Plusieurs messes à l'intention des victimes sont prévues, dont une samedi à Montana.
Parallèlement, de nombreux groupes ont été créés sur les réseaux sociaux pour proposer aide, services ou solutions de logement aux proches des victimes ou équipes de soin ou de secours à Crans-Montana, mais aussi à à Genève, Lausanne ou Zurich, où des blessés ont été admis.
"Je propose un petit logement pour une ou deux personnes en couple, à Grimisuat, 20 min de voiture de Crans et 12 mn de l’hôpital de Sion. Salle de bains et micro-ondes mais pas de cuisine. Uniquement pour famille ou soignant du drame de Crans Montana", indiquait une de ces annonces.
- Une mousse qui interroge -
Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre le début de l'embrasement du plafond. Sur d'autres vidéos, on voit ensuite des jeunes qui tentent désespérément de sortir du bar, d'une capacité maximale de 300 personnes.
Des témoins ont décrit des scènes d'horreur: des gens ont tenté de briser les vitres du bar pour s'échapper, tandis que d'autres, couverts de brûlures, se précipitaient dans la rue.
Outre les bougies, les enquêteurs se penchent également sur la mousse -un isolant acoustique - recouvrant le plafond du sous-sol du bar, qui semble s'être rapidement embrasée si l'on se fie aux vidéos circulant sur les réseaux sociaux.
La suite de l'enquête "portera notamment sur les travaux effectués au sein du bar, les matériaux qui sont utilisés, les autorisations d'exploiter, les mesures de sécurité", avait détaillé vendredi Mme Pilloud.
- "laissez-nous tranquilles" -
De son côté le président de la commune de Crans-Montana Nicolas Féraud a assuré à la radio-télévision publique suisse RTS qu'il n'y avait eu aucun laxisme de la part de sa commune, mais qu'il est "évident que ce genre de catastrophe remet" des choses en cause, notamment sur "le contrôle de tous les établissements publics".
Interrogé samedi par quelques journalistes - dont l'AFP - devant son domicile de la commune voisine de Lens, le propriétaire du bar Jacques Moretti a lancé: "laissez-nous tranquilles, nous aussi nous sommes en deuil".Vendredi, il avait assuré au quotidien La Tribune de Genève que son bar avait été contrôlé "trois fois en dix ans" et que "tout s'(était) fait dans les normes".
Au terme de l'instruction ouverte, le ministère public décidera de classer l'affaire ou d'émettre un acte d'accusation. En attendant, les intéressés n'ont fait l'objet d'aucune mesure de détention provisoire ni d'assignation à résidence, a confirmé à l'AFP un porte-parole de la police cantonale.
F.Ramirez--AT