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A Londres, l'exposition de la tapisserie de Bayeux ouvre en pleine "tapestry-mania"
Les Britanniques découvrent la tapisserie de Bayeux à partir de jeudi au British Museum à Londres, une exposition qui suscite un engouement exceptionnel au Royaume-Uni, pris dans une "Tapestry mania" presque mille ans après la confection de ce trésor médiéval.
Les portes ouvrent à 10H00 (09H00 GMT) mais inutile de se presser devant le célèbre musée: les billets se sont arrachés lors de leur mise en ligne le 1er juillet et l'exposition affiche complet jusqu'au 31 décembre.
De nombreux Britanniques sont déjà sur les rangs pour la mise en vente de nouveaux billets le 21 octobre.
Pour l'hebdomadaire The Economist, la broderie, qui raconte la conquête de l'Angleterre par Guillaume Le Conquérant, duc de Normandie, jouit d'une "popularité digne d'une rock star". Pour le Times, une "mania" s'est emparée du pays.
Le président français Emmanuel Macron avait annoncé en juillet 2025 le prêt de ce joyau, qui avait été deux fois envisagé par le passé sans aboutir: en 1953 pour le couronnement de la reine Elizabeth II, et en 1966 pour le 900e anniversaire de la bataille d'Hastings qui scella la victoire de Guillaume sur les troupes anglaises en 1066.
"C'est formidable que l'Etat français nous ait permis de l'accueillir ici", se réjouit auprès de l'AFP Michael Lewis, conservateur de l'exposition. "Les Britanniques sont complètement fous de cette oeuvre tant elle occupe une place fondamentale dans leur histoire", poursuit-il.
"Il est difficile de faire comprendre aux Français l'engouement qu'elle provoque au Royaume-Uni. Je crois qu'ils ne réalisent pas vraiment le trésor qu'ils ont entre les mains", dit encore le conservateur.
- Critiques dithyrambiques -
Constituée de neuf panneaux en lin reliés, la tapisserie représente quelque 626 personnages (et 202 chevaux) au cours de 58 scènes brodées de fil de laine.
Elle montre notamment la désignation de Guillaume Le Conquérant comme héritier du trône d'Angleterre en 1064 et se termine par sa victoire contre les troupes anglo-saxonnes en octobre 1066 à la bataille d'Hastings.
Torchons, tabliers et mugs, décorés de scènes de la tapisserie sont déjà en vente. Le magasin Liberty a sorti des coussins inspirés par l'oeuvre d'art, à 165 livres sterling l'unité (192 euros).
Même la chaîne nationale de restauration bon marché Greggs s'y est mis, en créant une broderie de huit mètres de long intitulée "Ta-Pastry" (jeu de mots avec "Tapestry" et "Pastry", tapisserie et pâtisserie en anglais).
En face du British Museum, un pub a installé sur ses murs une "tapisserie de la bière" retraçant l'histoire du breuvage à travers les âges.
Les critiques d'art sont dithyrambiques. "La plus grande bataille jamais représentée dans l'art est enfin là", a écrit le Guardian.
- "Précieux symbole" -
Pour de nombreux Britanniques, cette exposition marque le "retour" de la tapisserie de Bayeux sur la terre où elle est née.
Selon les historiens, l'évêque Odon, demi-frère de Guillaume Le Conquérant, aurait commandé en 1077 la tapisserie afin d'orner la cathédrale de Bayeux.
Beaucoup, dont le conservateur Michael Lewis, estiment qu'elle a été brodée en Angleterre. "C'est la première fois que la Tapisserie de Bayeux est ici depuis probablement 950 ans", se félicite M. Lewis.
Le Royaume-Uni a abondamment remercié la France pour ce prêt inédit, à commencer par le roi Charles III.
C'est "un précieux symbole de confiance", a déclaré le monarque après avoir admiré la broderie en avant-première le 2 septembre, avec Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Andy Burnham.
La tapisserie est exposée pour la première fois à plat, dans l'obscurité. Sur le mur, des animations sont projetées permettant d'identifier les principaux événements.
Jusqu'à un million de personnes sont attendues pour cette exposition qui doit se terminer le 11 juillet 2027.
La tapisserie reprendra ensuite le chemin de Bayeux et fera l'objet en 2028 d'une rénovation. Son transfert depuis la Normandie a donné des sueurs froides à des experts et défenseurs du patrimoine en France, qui redoutaient une dégradation irréversible de l'œuvre.
Une "rupture de deux fils" a été constatée après ce transfert sans toutefois que l'état général ait été altéré, a assuré la semaine dernière la ministre française de la Culture Catherine Pégard.
Th.Gonzalez--AT