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A Belgrade, des milliers de personnes font leurs adieux au criminel de guerre Ratko Mladic
Des milliers de personnes ont fait leurs adieux lundi au criminel de guerre Ratko Mladic pendant ses funérailles à Belgrade, Bruxelles condamnant à nouveau toute "glorification" d'un homme condamné pour génocide durant la guerre de Bosnie des années 1990.
Ratko Mladic est décédé fin août à l'âge de 84 ans, à La Haye aux Pays-Bas, où il purgeait une peine de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis pendant ce conflit sanglant. Il avait été surnommé le "Boucher des Balkans" par les médias internationaux.
Le ministre serbe de la Justice, Nenad Vujic, avait d'abord annoncé des "honneurs militaires et d'Etat" pour Mladić – suscitant l'indignation internationale – avant que le président du pays, Aleksandar Vucic, ne tempère cette décision.
Le président Vucic a rejeté les accusations de "glorification" de l'ancien général, déclarant que la cérémonie serait conforme aux souhaits de la famille.
Darko, le fils de Mladic, qui a officiellement organisé les funérailles, se tenait près du cercueil lundi matin au début de la cérémonie, alors que des personnes venues rendre un dernier hommage affluaient dans la petite église Saint-Luka.
La cérémonie s'est déroulée dans cette église plutôt que dans la grande église Saint-Sava, où sont habituellement organisées les funérailles nationales.
Plusieurs ministres serbes étaient toutefois présents dans l'église Saint-Luka tout comme l'ambassadeur russe à Belgrade et l'ex-président de la Republika Srpska (RS), l'entité serbe de Bosnie, Milorad Dodik.
- "Profonde gratitude" -
Le président Vucic avait affirmé que l'Etat veillerait à ce que l'événement se déroule "en toute sécurité", mais qu'il n'y assisterait pas en personne en raison d'un engagement pris auparavant.
De nombreuses personnes ont embrassé le cercueil fermé de Mladic encadré par six soldats serbes qui se relayaient et sur lequel trônaient sa photo, des médailles militaires, un sabre, ainsi qu'une casquette d'officier rigide à visière devenue indissociable de sa personne.
"Nous savons que son nom restera profondément gravé dans la mémoire et les prières de la majeure partie de notre peuple orthodoxe serbe, qui éprouve et cultive une profonde gratitude à son égard", a déclaré le patriarche Porfirije devant les personnes présentes dans l'église.
Alors que le cercueil était porté à l'extérieur par des soldats, la foule massée le long de la rue agitait des drapeaux à l'effigie de Mladic, aux côtés de grands drapeaux tricolores de la Serbie et de la RS.
La foule se comptait par milliers alors que le cortège se dirigeait lentement vers le cimetière voisin de Topcider, selon des journalistes de l'AFP et des images aériennes du cortège.
Malgré sa condamnation, de nombreux nationalistes serbes continuent de voir en Ratko Mladic un héros et un protecteur, en particulier au sein de l'entité serbe de Bosnie, où l'annonce de sa mort a conduit à des rassemblements en son hommage.
"Je suis ici pour faire mes adieux au général, un héros national", a déclaré à l'AFP une retraitée, Radojka Visic, qui a fait le voyage depuis Banja Luka, en RS.
"Ils n'ont pas pu nous vaincre sur le champ de bataille, alors ils l'ont envoyé en prison et l'y ont torturé à la place", a-t-elle ajouté dans une allusion à la communauté internationale.
À proximité, Rade Bajic a abondé dans son sens, qualifiant Mladić de "grand homme et de grand combattant".
- Inhumé aux côtés de sa fille -
D'anciens combattants ont entouré le fourgon transportant la dépouille de Mladic vers le cimetière où la foule se dirigea.
"Ils ont mis en place des tribunaux artificiels pour nos héros, afin de transformer les défenseurs en criminels et les traîtres en héros. Merci, frères, d'être venus décider si mon père était un héros ou un criminel", a déclaré Darko Mladic avant que le cercueil ne soit mis en terre.
La foule, composée en grande partie d'anciens combattants et de jeunes hommes, a alors répondu en scandant : "Héros ! Héros !".
L'ancien général a été inhumé aux côtés de sa fille, Ana, qui s'était donné la mort pendant la guerre de Bosnie.
Les scènes qui se sont déroulées à Belgrade après la mort de Mladic ont suscité des condamnations de la part de dirigeants régionaux et internationaux, notamment de l'Union européenne.
"La glorification de criminels de guerre, la négation de génocide et le révisionnisme (...) n'ont pas leur place dans l'UE ni dans les pays candidats à l'adhésion", comme c'est le cas pour la Serbie, a déclaré lundi un porte-parole du service diplomatique de l'UE.
Mladic était le visage militaire d'un sinistre trio — aux côtés de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic (également décédé en prison à La Haye) et de l'ex-dirigeant des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic (également condamné par la justice internationale et qui purge toujours sa peine) — au moment où l'ex-Yougoslavie a sombré dans le carnage après la chute du communisme.
La guerre de 1992-1995 en Bosnie a fait environ 100.000 morts, et 2,2 millions de déplacés.
- Seize ans de cavale -
Mladic a été arrêté en 2011, après seize ans de cavale, et définitivement condamné à la prison à perpétuité en 2021, au terme de neuf ans de procès à La Haye.
Il a été reconnu coupable de génocide pour son rôle dans le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, la pire tuerie en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, qui a coûté la vie à environ 8.000 hommes et adolescents musulmans.
Il a aussi été condamné pour avoir persécuté et expulsé des Musulmans bosniaques et des Croates, terrorisé des civils pendant le siège de Sarajevo et pris en otage des Casques bleus de l'Onu pendant les bombardements aériens de l'Otan en 1995.
En dépit de ces sentences, il reste un héros pour de nombreux Serbes, son fils Darko déclarant qu'il était "fier du rôle" joué par son père.
En amont des funérailles, l'Association des mères de Srebrenica avait appelé les institutions internationales à agir, qualifiant la situation de "honte".
"Les funérailles du criminel de guerre condamné Mladic risquent de devenir le plus grand rassemblement fasciste en Europe depuis 70 ans", avait-elle écrit sur X.
Sur la chaîne de télévision serbe favorable au gouvernement, Informer, la retransmission en direct de la cérémonie commémorative a été très élogieuse.
"L'histoire est en train de s'écrire", a déclaré un commentateur sur la chaîne, lors d'une couverture en continu où le visage de Mladic apparaissait en surimpression dans un coin de l'écran.
N.Mitchell--AT