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Burundi: Evariste Ndayishimiye, président d'une ouverture sous contrôle
Depuis son accession au pouvoir en 2020, le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, balance entre signes d'ouverture du régime, qui reste sous l'emprise de puissants "généraux", et ferme contrôle du pouvoir avec des atteintes aux droits humains dénoncées par des ONG.
Le chef de l'Etat, a affiché son autorité mercredi avec l'annonce de la nomination d'un nouveau Premier ministre et de nombreux hauts responsables, cinq jours après avoir mis en garde contre les velléités de "coup d'Etat" de ceux qui se croient "tout-puissants" et passent leur temps "à saboter" son action.
Au niveau international, M. Ndayishimiye, 54 ans, est régulièrement salué pour avoir ouvert son pays, classé comme le plus pauvre au monde en PIB par habitant par la Banque mondiale, et a obtenu la levée des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis et l'Union européenne après la crise de 2015.
Cette année-là, l'annonce de la candidature du président sortant Pierre Nkurunziza à un troisième mandat avait plongé le pays dans une profonde crise politique, marquée par une féroce répression (exécutions sommaires, disparitions, torture...) qui a fait au moins 1.200 morts et poussé quelque 400.000 Burundais à l'exil.
Evariste Ndyashimiye a été l'un des hommes clés du système qui a verrouillé le pays après 2015.
Et sa désignation en tant que candidat du CNDD-FDD, le puissant et très militaire parti au pouvoir depuis 2005, à l'élection de mai 2020 devait l'inscrire dans les pas du "guide suprême".
- "Généraux" en coulisses -
Mais à la mort de Nkurunziza un mois après son élection, il s'est démarqué.
Son prédécesseur niait l'existence du Covid-19 dans le pays ? Lui a qualifié le coronavirus de "plus grand ennemi des Burundais". Nkurunziza s'était enfermé au Burundi ? Ndayishimiye se rend à l'ONU, à Bruxelles, à Dubaï.
Des figures de la société civile sont rentrées et la BBC a été de nouveau autorisée à émettre dans le pays.
Le président "fait des choses", soulignait en mai à l'AFP Julien Nimubona, professeur de sciences politiques à l'université du Burundi: "Il voudrait bien aller plus loin mais il y a des résistances assez terribles."
Ces résistances ont un nom: "les généraux". Ce conclave, qui s'est connu dans le maquis quand le CNDD-FDD n'était encore qu'une rébellion hutu, est en coulisses le véritable maître du pouvoir, selon les experts.
En 2021, "Neva" laissait poindre sa solitude dans un discours. "Il y en a qui m'ont dit que je mourrai d'épuisement en cherchant à débusquer les fautes commises", déclarait-il avant d'interroger: "Comment voulez-vous que je fasse puisque je n'ai trouvé personne pour m'aider parmi mes collaborateurs ?"
Mais si les experts s'interrogent sur l'étendue de sa marge de manoeuvre, certains d'entre eux questionnent aussi la sincérité de celui qui reste un général parmi les généraux.
Malgré les promesses, les violations des droits humains continuent.
En septembre 2020, une commission d'enquête de l'ONU affirmait que la situation restait "désastreuse" au Burundi.
"Il y a certains aspects où il n'y a eu aucune évolution, je pense notamment à la torture, aux enlèvements, aux disparitions forcées", estimait en mai Carina Tertsakian de l'Initiative pour les droits humains au Burundi (IDHB), basée à l'étranger.
Les renseignements et la ligue de jeunesse du parti, les Imbonerakure, jouent un rôle majeur dans ces exactions, a récemment dénoncé Human Rights Watch dans un rapport.
- Caractère ambivalent -
M. Ndayishimiye venait d'entrer à l'université du Burundi lorsque la guerre civile éclata en 1993. Il était en deuxième année de droit quand fut perpétré le massacre de dizaines d'étudiants hutu par des extrémistes tutsi en 1995, un épisode dont il réchappa par miracle et qui le convainquit de prendre les armes.
Il fut le principal négociateur du CNDD-FDD lors de la signature en 2003 de l'accord de cessez-le-feu de la guerre civile, qui fit au moins 300.000 morts, et occupa ensuite plusieurs postes de haut niveau au sein du gouvernement, s'affirmant alors comme un homme de consensus.
Ceux qui connaissent personnellement Ndayishimiye décrivent un caractère à deux facettes.
"C’est un homme plutôt ouvert, d'abord facile, qui aime blaguer et rire avec ses amis", confiait à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, un de ses amis après son élection. "Mais contrairement à Nkurunziza, qui (était) un animal à sang froid et très sobre (...), Évariste Ndayishimiye est plutôt colérique, s'emporte très facilement au risque de s'enflammer".
P.A.Mendoza--AT